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dimanche 10 août 2014

OPERAS DE L'ÉTÉ EN POITOU CHARENTES : NABUCCO à SANXAY, ET DON GIOVANNI

Le cadre champêtre du Château de Panloy, avec, en avant-spectacle, le balayage de la scène : il faisait ce jour-là un temps de chien (rien que de très normal en ce mois d’août 2014)

On ne peut pas toujours s'offrir Aix en Provence et le Théâtre de l’Archevêché. Heureusement il existe, ailleurs que dans le Sud, des initiatives originales qui permettent de faire découvrir l'Opéra à tous ! La preuve ? Nos deux sites qui, chaque été, proposent pour des prix d'une douceur incroyable, des réalisations d'une qualité tout à fait surprenante.
Le premier est le Château de Panloy, près de Saintes, où, depuis 2009, la Westminster Opera Co. propose pour ... 25 euros la place, une très jolie mise en scène d'un opéra monté par une jeune troupe pleine d'allant. Le créateur de cette troupe est Guy Hopkins a été, avant de fonder sa compagnie, le directeur du Conservatoire de Westminster School, puis le chef associé du Camden Chamber Orchestra qu'il a quitté pour se consacrer à la Westminster Opera Co. L'objet de cette troupe, basée à Londres, est de fournir à de jeunes artistes, étudiants avancés ou chanteurs débutants, une occasion de se lancer sur une scène et de participer à un spectacle de qualité, quoique simplifié. Après deux semaines de répétition à Londre, la troupe vient passer une semaine en résidence au Château de Panloy et peaufine son spectacle avant de se produire durant deux soirées en plein air, dans la cour du Château. C'est ainsi qu'ont été donné Acis et Galathée en 2009, Cosi fan tutte en 2010, Don Pasquale en 2011, Le Barbier de Séville en 2012 et Didon et Enée en 2013. Cette année c'était Don Giovanni et - je devrais dire enfin !! il nous a fallu 5 ans pour découvrir ce festival et l'an dernier nous l'avons raté de peu - nous y étions.

Non, non, ce n'est pas nous : mais admirez au passage la collection de flûtes à champagne !!

L'ambiance très "pique-nique à la campagne" était d'autant plus british que la manifestation attire, c'est naturel, tous les anglais du voisinage, et ils sont nombreux ! L'opéra était accompagné par un petit orchestre de chambre, deux violons, une flûte, une clarinette etc... composé de tous jeunes instrumentistes, parfois un peu imprécis mais dirigés avec attention par Guy Hopkins. La mise en scène, qui devait composer avec des chanteurs pas encore aguerris et surtout préoccupés de leur prestation vocale, était agréable et certains jouaient avec aisance (en particulier Don Juan et son complice Leporello). Les voix quant à elles étaient justes, la prononciation irréprochable et l'ampleur tout à fait convenable dans cette difficile gageure qu'est l'extérieur sans amplification. Certains étaient même tout à fait bons : Nicholas Morris campait un Don Juan très convaincant, Dominic Bowe n'était pas déplacé en Masetto, Lancelot Nomura jouait fort bien Leporello. Chez les fillesHannah Sawle était une Zerline tout à fait charmante, Susan Jiwey, quoique très convenable, manquait un peu de caractère pour interpréter une donna Elvira dont le rôle est proprement écrasant. Par contre, Seljan Nasibli, juste un peu statique, chantait admirablement Donna Anna et sa tessiture était parfaite pour le rôle.
Dans l'ensemble, la première partie était bien meilleure car, après l'entracte,  les chanteurs étaient fatigués : l'opéra choisi était sans doute trop ambitieux, trop difficile et trop long pour une jeune troupe, fut-elle prometteuse, et le projet de monter l'an prochain Gianni Schicchi, opéra en un acte qui dure environ 45 minutes est certainement nettement plus raisonnable. Une initiative très sympathique qui mérite largement d'être suivie, soutenue et promue ! 

Bon, ça penche un peu, mais quel pique-nique mes amis !!

C’est dans le cadre du programme "Défi-Jeunes" que Christophe Blugeon, l’actuel directeur artistique du festival, fit naitre le projet de réanimation du théâtre gallo-romain de Sanxay. Séduit par le charme évident de ce théâtre et par son acoustique exceptionnelle, il décide d’y programmer, chaque été, des opéras du grand répertoire. Depuis Rigoletto, en 2000, ce sont 12 opéras qui ont déjà été montés dans le théâtre antique : Carmen, La Traviata, Tosca, La Bohème... et j'en passe. 100 000 spectaeurs depuis la création du festival, et la 3ème place en terme d'opéra d'été !! Après Aix et Orange, pas mal, non ??



Cette année, c'est le drame Nabuchodonosor d’Auguste Anicet-Bourgeois mis en musique par Verdi sous le nom de Nabucco qui était représenté, et, là encore, nous étions de la fête. 


Une vraie et superbe fête, et ceux qui auraient l'occasion d'aller à l'une des deux prochaines représentations, les 11 et 13 août, ne doivent surtout pas hésiter : c'est une très belle production, réussie sous tous rapports. La mise en scène (Agostino Taboga) est très belle, pas du tout bricolée : quoique statique (mais comment faire autrement avec ce livret, et ces chœurs omniprésents), les décors sont beaux, les éclairages savants (Andrea Tocchio / Maria Rossi Franchi) , les costumes somptueux (Shizuko Omachi), et le parti-pris de proposer des "tableaux" vivants est vraiment une excellente idée.


Un spectacle de très bon goût, de bout en bout (la seule toute petite, minuscule, faute de goût était sans doute de faire agiter quelques rameaux aux choristes, pas franchement à l'aise !!). La distribution était tout aussi convaincante : la moldave Elena Cassian (Ferena) avait une voix pleine et chaude ; Ievgen Orlov, l'ukrainien, campait un Zaccaria aux basses vibrantes ; Luca Lombardo, qui fit ses premières études de chant à Trévise, enfin, interprétait un Ismaël sans reproche.


Le rôle titre était tenu par Albert Gazale : s'il mit un peu de temps à "chauffer" sa voix, il était très présent pour jouer Nabucco, plus à l'aise cependant dans les scènes "intérieures" que dans les airs de bravoure. Dans cette distribution de qualité, la palme revenait sans conteste à la napolitaine Anna Pirozzi, tout simplement parfaite en Abigaille : puissance, velouté, finesse de la modulation, elle est vraiment la diva du spectacle et lui donne une vraie dimension lyrique.


Les choeurs, comme souvent à Sanxay, étaient parfaits : bien préparés, précis et amples, ils donnaient au spectacle toute son ampleur et sa juste valeur. La direction, enfin, était d'une qualité remarquable : Eric Hull, un canadien qui fait une superbe carrière en Europe et particulièrement en Italie et en Allemagne, était d'une précision, d'une délicatesse, d'un "doigté" vraiment sensationnels. Il allège la partition de Verdi, lui donne un relief très particulier, tout en finesse, et mettant admirablement tous les solistes en valeur. Ses finales sont, parfois, totalement magiques. : écoutées dans un silence religieux par 2200 spectateurs qui retenaient leur souffle, elles avaient quelque chose de rare ! De poignant même quand on remet la partition dans un contexte malheureusement trop actuel.


samedi 25 janvier 2014

LA LICORNE ET LE BÉZOARD


Une exposition que j'ai déjà évoquée ici, et encore ici, mais dont je n'ai pas encore révélé ce qu'elle réservait comme surprises étonnantes aux visiteurs. Elle dure jusqu'au 16 mars 2014.

Exposant des squelettes, des animaux empaillés, des reproductions de bêtes étranges ou imaginaires, les premiers cabinets de curiosité s'appelaient Mirabilia au XIIIème siècle (cabinets des merveilles). Ils servaient à montrer les créations divines, les merveilles de la nature mais aussi les monstres, symboliques du mal que l'on devait craindre et éviter. On retrouve donc au départ certaines de ces bizarreries dans les abbayes, où œufs d'autruches, crocodiles, cornes de licorne, sont jugés représentatifs du Royaume de Dieu et de ses menaces.


A la Renaissance ces Mirabilia deviennent des cabinets de curiosité et ont un peu plus de rigueur. Les expéditions vers le Nouveau Monde permettent de les garnir d'une multitude d'objets inédits, pas toujours bien identifiés : la dent de narval continuant sa carrière poétique de corne de Licorne. Ils comportent des artificialia, objets faits par des hommes, des naturalia, des scientifica, instruments divers et pour finir, des exotica, témoignages d'autres pays et d'autres cultures. Certains cabinets, appartenant à des princes curieux ou à des universités célèbres cherchant à épater les visiteurs, deviennent des galeries courues et fort décrites par les visiteurs émerveillés. Qu'on se rappelle à Padova, celui de Pietro Bembo !

L’exposition se déroule en sept « espaces » qui permettent de découvrir le cabinet de curiosités dans ses évolutions historiques, du XIVe au XVIIe siècle, avec en point final une proposition de cabinet pour le XXIe siècle.


La galerie initiale :
Il s'agit ici, dès l'entrée, de plonger le visiteur dans le bizarre et dans l'étrange. Un bric à brac, destiné à provoquer curiosité, questionnement, voire émerveillement, restitue l'ambiance que créaient les possesseurs de cabinets qu'ils ouvraient souvent à la visite. Il s'agissait d'intriguer, et les objets présentés ici remplissent leur office : on y trouve un dragon (la Grand’ Goule qui est presque devenue l’emblème de Poitiers), un reliquaire, un crocodile, et des reproductions de nombreuses estampes de Besler, Cospi, Worm…


Le studiolo :
Premier exemple de lieu clos, réservé à un cénacle choisi, et représentant les différentes formes du savoir zoologique, botanique et géologique, une excellente reproduction du studiolo d’Urbino nous mène vers une salle où s'entassent des centaines d'objets étranges.


Un cabinet du XVIe siècle :

L'espace, très rempli de meubles à tiroirs, étagères et autres vitrines, est un octogone couvert d'un dôme. Il évoque le microcosme, le rapport entre le cabinet et la Création. Il y fait sombre et les objets rangés avec des effets de symétrie et soigneusement étiquetés, sont présentés comme un « abrégé du monde ». Fossiles, monnaies, bec de toucan, coiffe de plume, caméléon, corail rouge, herbiers… mais surtout, pendue au plafond, un corne de Licorne, et dans une vitrine quelques bézoards. Enfin !!
Car, il faut bien l'avouer, la Licorne, on connaissait, mais le bézoard, non ! Alors qu'est-ce ? Selon le littré "Nom donné aux concrétions calculeuses qui se forment dans l’estomac, les intestins et les voies urinaires des quadrupèdes". Un calcul qui parfois peut-être énorme, et qui se forme souvent autour d'un amas de poils. Autant dire, à une époque où l'on en meurt, sans pouvoir opérer puisqu'on ne sait pas "ouvrir", que la chose est rare et follement impressionnante. Au point que certains la montent en objet précieux, serti d'or et de pierres précieuses !


Un engouement européen :

Les amateurs de curiosités n'hésitaient pas à parcourir l'Europe pour rendre visite aux collectionneurs les plus en vue : les Italiens bien sûr, (Manfredo Settala, Ludovico Moscardo, Ferdinando Cospi, Ulisse Aldrovandi), mais aussi Peiresc, John Evelyn, Thomas Platter, Charles Patin, Ole Worm. La salle présente des cartes géographiques, portraits, des citations de récits de voyages et de catalogues, et des objets liés à ces collectionneurs…  


Le cabinet princier, type Ambras :

Une pièce étroite et en longueur, somptueusement meublée de riches cabinets marquetés du XVIIème, reconstitue de façon très convaincante le cabinet d'un prince, inspiré de celui du château d’Ambras (Autriche). Ce dernier était célèbre pour le caractère luxueux des collections mais aussi par le mélange avec des objets considérés aujourd’hui comme triviaux et à l'époque fort appréciés, comme des pièces d'armement.


Cette pièce est sans doute celle qui présente les pièces les plus précieuses de l'exposition et son aménagement est très évocateur de l'admiration qui devait saisir les visiteurs, venant souvent de loin et découvrant ces merveilles.



Un cabinet d’apothicaire entre XVIe et XVIIe siècle, tourné vers l’Atlantique

Un exemple local, le cabinet de Contant à Poitiers, permet d'évoquer les cabinets de savants, caractérisés par l’activité professionnelle de leur propriétaire. C'est dans un joli décor de jardin qu'il rassemble des objets qui passionnaient le propriétaire, pharmacien à Poi­tiers qui commença sa collection par la réunion de végétaux rares ou spectaculaires, puis l'enrichit de souvenirs amérindiens, de coquillages et autres fantaisies qui lui semblaient si belles qu'il leur dédiait des poèmes en alexandrins. Il y en avait tant qu'il fallut, nous dit-on, quatre déménageurs travaillant pendant 7 jours pour vider sa collection lors de son décès !


Le cabinet de Nicolas Chevalier 

Autour de la maquette du premier cabinet de Chevalier à Amsterdam (il en eut trois !), dont la visite était ... payante, sont rassemblés des médailles, des œuvres d'art et nombre d'objets du commerce international de l'époque. Ses livres sont présentés dans une vitrine, et au plafond sont suspendus requin, vertèbre de baleine, trompe d’éléphant…


Vers la spécialisation du cabinet, type Ruysch

Evocation d'une collection constituée autour de deux axes : l’histoire naturelle (botanique et zoologie), et les pièces anatomiques (corps humain), dont les « objets » ont pu être conservés par la mise au point d’une technique révolutionnaire, celle de l’injection de cire pigmentée dans les tissus. Présentation de vanités tridimensionnelles en regard de bocaux contenant coraux et gorgones…


Une idée de cabinet au XXIe siècle 

"Dans un dernier espace, ouverture sur le XXe et le XXIe siècle et la vivacité de l'idée de curiosité dans le monde d'aujourd'hui. Autour de quelques oeuvres emblématiques - "boîte verte" de Marcel Duchamp, oeuvre de Jean-Michel Othoniel, bustes de Jan Fabre, évocation du château d'Oiron -, des objets insolites revisitent la question des "reliques", des images issues de la recherche scientifique illustrent le questionnement permanent sur la connaissance du monde, et nous renvoient à notre fascination pour l'inconnu, l'étrange, le rare, le merveilleux..."


JEU
Il ne vous reste plus qu'à jouer au Cabinet des Merveilles mis au point par le FRAME (French Regional American Museum Exchange) qui organise tant de passionnantes expositions !! Je l'ai testé pour vous car il manque un peu d'explications. 

Vous pouvez d'abord visiter la Chambre des Merveilles du Marquis de Robien. En cliquant sur n'importe quel objet, vous aurez des détails sur sa provenance et son utilité. Vous avez accès à un livre qui vous permet en outre de voir l'encyclopédie du Marquis et aussi à l'ensemble des objets merveilleux. Bien pratique pour tricher si vous n'arrivez pas trop à faire la suite : les objets absents y sont déjà décrits, donc cela aide à les localiser.
Car il manque au Marquis 6 objets que vous allez devoir trouver pour lui. 
Pour jouer : il faut cliquer sur le globe. Puis vous choisissez un continent. Là vous disposez d'une lunette qui vous permet d'observer l'horizon !! Quand vous êtes dans les environs de l'objet à ramener dans votre cabinet des merveilles, vous entendez un bruit qui est d'autant plus intense que vous vous rapprochez de l'objet. Quand vous verrez apparaître un point orange, bingo, vous aurez trouvé l'objet. Attention, pour que le point rouge apparaisse il faut se déplacer très lentement dans la zone sonore. Il vous suffira alors debien cibler ce point et de cliquer dessus pour voir apparaître une épingle ! 
Mais votre épreuve n'est pas terminée : vous avez trouvé l'objet, mais il faut maintenant le ramener dans votre cabinet de curiosité... en répondant juste à une ou plusieurs questions. Si par hasard vous échouez, plus qu'à recommencer !! Il vous faudra placer des perles sur le porte-bébé kiowa, écouter des instruments de musique africains, trouver ce que mange un singe en Amérique du Sud, examiner à la loupe une châtelaine britannique, trouver d'où vient un faîte de case océanien, et placer un rat d'or sur un sabre japonais !!
Une dernière épreuve vous attendra après toutes ces réussites : mais aidé par l'encyclopédie, vous devriez réussir sans problème !!!
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Les illustrations de l'article, les photographies étant interdites, proviennent du reportage de la 3 à l'occasion de l'inauguration de l'exposition. D'autres documents proviennent du remarquable site Curiositas consacré aux cabinets de curiosités européens : ici pour Nicolas Chevalier, et ici pour Contant. Et, bien sûr, la dernière photo est un cabinet du XXIème siècle, celui de Koka !

vendredi 4 octobre 2013

ABBAYE DE L'ÉTOILE


On a suivi les panneaux, tous neufs d'ailleurs ! Et de tourner à droite, et de virer à gauche, et que je monte, et que je redescends... mais où donc allons-nous ? On ne sait même pas ce que c'est qu'elle est, cette abbaye : neuve, 19ème, gothique, romane ?? Soudain, un repli du terrain, un petit val verdoyant et discret...
- C'est sûrement là ...
- Dans un endroit pareil, ça doit être une abbaye cistercienne !!
Et c'est une ancienne abbaye cistercienne, en effet, sauvée depuis peu de la ruine et des ronces. L'endroit est encore très peu aménagé, en pleine restauration mais depuis quelques mois se visite et, agrémenté de panneaux explicatifs très clairs, permet de "retrouver" le lieu, en partie détruit par la Guerre de Cent ans, la commende, les guerres de religion et la Révolution.
C'est Isambaut de l'Étoile, frère de Pierre de l'Étoile, lui-même fondateur de l'abbaye de Fontgombault, qui, au début du XIIème siècle vint créer ici un ermitage au lieu-dit "Font à Chaux", sur les terres de Monsieur de Cenvis, seigneur de Chauvigny.  En 1124 une communauté bénédictine s'installa dans l'ermitage, qui fut agrégé à l'Ordre de Citeaux en 1145, dans la filiation de Pontigny. Dès lors l'abbaye prospéra et prit l'allure d'une "fille" cistercienne dans les règles de l'art. Une vraie leçon d'architecture monastique, qui nous a rappelé avec ravissement le temps où nous découvrions les règles d'organisation des monastères de l'Ordre, et où nous apprenions à nous situer dans l'espace de ces lieux destinés à la prière et à l'isolement, mais rapidement érigés en petites unités économique, efficaces et civilisatrices. 


Au départ, un vallon et une source ou une retenue d'eau. Ici, ce sont les moines qui ont créé le petit lac auprès duquel ils construisirent un moulin et un vivier, qui fournissait à la communauté les poissons constituant la base de l'alimentation maigre. 


Le moulin, devenu rapidement boulangerie, est certes très remanié, mais il garde son emplacement primitif, un peu en dehors de l'espace consacré à la prière et la vie des moines (4 sur le plan ci-dessous).


Toujours à l'extérieur de l'enceinte monastique, située ici sur la gauche de l'Abbaye, l'exploitation agricole comprenait des écuries, des étables, un fenil et divers ateliers. Ce sont actuellement des bâtiments privés, qu'on ne visite pas mais dont la présence reconstitue parfaitement l'état d'esprit qui présidait à la construction des monastères. Il s'agissait pour les moines de vivre en autarcie et ils développaient autour de leur installation tous les bâtiments nécessaires à une économie agricole très évoluée, constituant pour les paysans des environs un vrai modèle d'organisation agraire. 


A droite de l'entrée de l'église, se trouve encore, quoique fort délabré, le bâtiment des convers, situé dans la zone accessible aux laïcs et aux étrangers au monastère. Son aspect actuel, encombré de piliers de soutènement et de plaques de zinc, n'a rien de bien affriolant et promet de longues campagnes de remise en état !


Construite sur le point le plus haut du site, l'église abbatiale est assez tardive : elle fut construite à la fin du XIIème siècle dans le plus parfait esprit d'austérité de la spiritualité cistercienne. Sa façade, dont le pignon atteignait 25 mètres, ressemblait à s'y méprendre à celle de l'abbaye du Pin à Béruges, fille comme elle de Pontigny : sobre, percée d'une porte modeste et sans le moindre décor, surmontée d'une vaste verrière pour éclairer la nef, elle est actuellement amputée de toute sa partie supérieure et n'offre plus au visiteur qu'un aspect bien pitoyable. 


L'intérieur est aussi dévasté, mais on a pu reconstituer son agencement d'après les fondations encore présentes dans le sous-sol de ce qui fut, longtemps, un hangar. Le chœur à chevet plat et le transept, où s'ouvraient quatre chapelles de plan carré, répondaient avec rigueur à la règle de Saint Benoît : "l'Oratoire sera ce qu'indique son nom. On n'y fera, on n'y mettra rien qui n'ait rapport à sa destination".  


Il ne reste rien du fond de l'église, sauf une des 4 chapelles transformée en petit oratoire. On a sommairement bouché l'arc d'entrée de cet édifice, maintenant isolé à l'arrière de l'église et dressant sa petite croix sur le ciel dégagé. 


Au sud de l'église s'étendait le cloître, organisé autour de son élément essentiel, heureusement encore présent dans sa simplicité : le puits, ou lavabo qui permettait aux moines de faire leurs ablutions avant le repas. C'est là, dit-on, que se jeta par désespoir le dernier abbé de l'Etoile, resté seul dans son abbaye ruinée et dépeuplée. Comme le réfectoire était traditionnellement éloigné du lieu de prière, le puits s'élève du côté le plus opposé au mur le l'abbatiale, complètement au sud. 


"Réinventé" grâce à différents sondages menés à diverses profondeurs, le cloître remplissait l'espace entre le bâtiment des convers et le mur gouttereau de l'église : on l'a facilement reconstitué pour améliorer la lisibilité de l'édifice. 


Au fond, parallèle au transept disparu, demeure, presqu'intacte, toute l'aile du chauffoir, du passage sur jardin et de la salle capitulaire, construite dans le cours du XIIIème siècle. 


Petite, l'abbaye était modeste, et sobre, elle offre une collection de chapiteaux aux formes végétales très géométriques, qui traduisent parfaitement la volonté de sobriété de l'ordre cistercien. 

Les corbeilles s'ornent de feuillages variés mais dépouillés, le tailloir est dépourvu de tout ornement et l'astragale est un simple renflement de pierre, régulier et sans chichi. 


Seuls les chapiteaux donnant sur le cloître, plus anciens que ceux de la salle capitulaire proprement dite, offrent un tailloir décoré de quelques motifs géométriques, sobres et élégants. 


A droite du chapitre, voûté et étonnamment intact, subsiste le mythique passage sur jardin. Mythique pour moi car ce couloir, marquant l'ouverture vers le monde laïque, m'a toujours fascinée !! Il est ici bordé de petites cellules; certes authentiques, mais dont la destination a sans doute été modifiée avec les ans, comme ce local d'aisance, peu courant dans les abbayes cisterciennes !


Par contre, la prison, réduit éclairé d'une minuscule fenêtre et dans lequel on pénètre par une porte basse, fut autorisée par la règle cistercienne dès 1206. Sur décision de l'abbé, les moines ayant commis de graves manquements aux règles monastiques ou coupables de différents méfaits, allant du vol au meurtre, y étaient enfermés pour un temps de pénitence et de repentance. On y lit, gravés au XVIIème siècle par des frères pénitents,  quelques graffitis et même des extraits des actes des Apôtres : Petrus quidem servabatur in carcere (Pierre était donc gardé en prison) et Quies me eripiet de manu Herodis (Qui m'arrachera de la main d'Hérode ?)


Une association de sauvegarde de l'édifice s'est fort opportunément créée, pour sauver ce qui restait de l'édifice, en 1982. Avec la commune d'Archigny, propriétaire des bâtiments, et la communauté d'Agglomération du Pays Châtelleraudais, qui finance les restaurations, elle gère le site, le fait visiter et surtout le fait vivre, par des concerts, conférences et autres spectacles, qui permettent de maintenir une animation culturelle et de faire visiter les lieux au public. Initiative qui mérite d'être saluée car l'Étoile était, auparavant, en bien piteux état et fort oubliée : même le Zodiaque consacré au Haut Poitou Roman ne l'évoque pas ! Pourtant, Dieu sait si ces livres sont complets et bien documentés. 

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