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mardi 25 août 2015

Pensons-nous toujours de la même façon ?


« Ces dernières années, j'ai eu la désagréable impression que quelqu'un, ou quelque chose, bricolait mon cerveau, en reconnectait les circuits neuronaux, reprogrammait ma mémoire. Je ne pense plus de la même façon qu'avant. C'est quand je lis que ça devient le plus flagrant. Auparavant, me plonger dans un livre ou dans un long article ne me posait aucun problème. [...] Désormais, ma concentration commence à s'effilocher au bout de deux ou trois pages. [...] Mon esprit attend désormais les informations de la façon dont le Net les distribue : comme un flux de particules s'écoulant rapidement. Auparavant, j'étais un plongeur dans une mer de mots. Désormais, je fends la surface comme un pilote de jet-ski. » Ces lignes de l'essayiste et blogueur américain Nicholas Carr, publiées en juin 2008 dans un article du magazine The Atlantic de juin 2008,  ont déclenché un immense débat, qui ne cesse de caracoler sur la Toile.
Toute invention technologique inquiète, c'est un truisme que de le rappeler. Platon déjà, faisait dire à Socrate que l'écriture "ne produira[it] que l'oubli dans l'esprit de ceux qui apprennent, en leur faisant négliger la mémoire ..." ajoutant "ils laisseront à ces caractères étrangers le soin de leur rappeler ce qu'ils auront confié à l'écriture, et n'en garderont eux-mêmes aucun souvenir." (1)


Conrad Gesner, un naturaliste suisse du XVIe siècle, est troublé par le surcroît d'informations que l'invention de l'imprimerie allait engendrer, créant à son avis "une situation déroutante et nuisible"(2). C'est ainsi que, pour organiser un peu tous ces savoirs dont l'abondance l'alarme, il s’attelle dès l'âge de 25 ans, à produire un catalogue bibliographique de toutes les œuvres écrites en latin, grec et hébreu, imprimées ou manuscrites (3) – devenant en quelque sorte le "père de la bibliographie". Son objectif était de montrer, pour la masse des ouvrages existants, une totalité cohérente et identifiable au premier coup d’œil, grâce à une présentation tabulaire. Cette volonté de recenser, d’indexer et de classer les ouvrages répond également à l’inquiétude que la multiplication des livres – autrement dit, l’excès d’information – conduise à la perte d’un certains nombre des textes hérités et conservés par la tradition (4). D'autres se sont insurgés, invoquant des dangers prévisibles sur la santé mentale de leurs contemporains, contre la liberté de la presse ou l'alphabétisation des masses, ou encore, contre le diffusion de l'éducation. Que n'a-t-on dit de la radio, suspecte détourner les enfants de la lecture et de diminuer leurs performances scolaires, et plus encore de la télévision, accusée quant à elle de mettre en péril la radio, la conversation, la lecture, et même le noyau familial. Le pire de ses maux étant qu’elle nous pouvait que provoquer une vulgarisation accrue de la culture américaine.


La démocratisation de l'ordinateur personnel et la multiplication de moyens d'accès immédiats et faciles à internet ne peut, dans une telle habitude de protection contre la nouveauté, qu’entraîner à son tour des réflexes de repli et des relents de chasse aux sorcières. D'autant que, comme lors de chaque évolution technologique, les "anciens" se sentent un peu dépassés et trouvent rassurants de se réfugier dans leurs anciennes méthodes (5). Alors entre le soupçon que les mails puissent être plus dangereux pour le QI que le cannabis, très sérieusement émis par CNN, l'affirmation par The Telegraph que Twitter et Facebook nuisent aux valeurs morales ou, pire, rendent ceux qui l'utilisent, incapables de tisser du lien social, on n'hésite devant aucune accusation pour crier "haro" sur la nouveauté. Témoin le Daily mail qui accuse le même Facebook d'augmenter les risques de cancer.
Cependant, sorti de ces excès qui sont propres aux angoisses de l'inconnu que provoque l'évolution pas toujours contrôlée des nouvelles technologies, certains faits sont patents et incontestables, qui nous tourneboulent les méninges et l'on ne peut s'empêcher de se poser des questions basiques du genre "mais comment tout cela va-t-il se terminer ?". Nul ne doute plus aujourd'hui que l'addiction à l'information soit devenue une vraie dépendance, comme le souligne le New-York Times et comme nous le constatons dès nous sommes entre amis : dès que surgit un doute sur un événement, une date, une recette ou une définition, il se trouve toujours quelque bonne âme qui sort sa tablette et qui donne la réponse aux assistants ravis de voir l'affaire si vite résolue. Mais rien ne semble pouvoir démonter scientifiquement que, comme l'affirme Nicholas Carr, Internet (Carr parle quant à lui de Google) nous rende idiot. A l'inverse de la télévision dont le recul permet de dire, étude à l'appui, son écoute intensive dès la petite enfance soit associée à des problèmes d'attention à l'adolescence, indépendants des problèmes d'attention précoces et autres facteurs de confusion, troubles dont les effets peuvent être de longue durée.
Pourtant ...


Pourtant, peut-on sérieusement nier qu'Internet a pris une place considérable dans nos vies, voire dans nos modes de pensée ? Il est, dans ces conditions, naturel de s'interroger sur ce que vont devenir ceux que Benoit Sillard nomme, dans son livre Internet en 2049 : maîtres ou esclaves du numérique ?, des "Homo Zappiens"... autant dire les digital natives. Mais l'auteur, après avoir justement souligné les avantages indéniables que procure à l'esprit la fréquentation assidue de la Toile, s'inquiète du prix à payer : érosion de la faculté de concentration, et, partant, de réflexion(6).
La faculté de concentration sur Internet, parlons-en : c'est vrai qu'elle en prend un coup. Un site spécialisé dans le conseil en communication et qui se pique de donner des conseils pour retenir les internautes sur votre site, note (la page est de février 2015) que "lorsque l’internaute moyen navigue sur le web, son temps d’attention est d’environ huit secondes. Et selon une étude du National Center for Biotechnology Information, cette période d’attention est à la baisse puisqu’elle était de douze secondes en 2000. Huit secondes, c’est court. Et pour bien insister là-dessus, l’étude cite le temps d’attention moyen du poisson rouge qui est de… neuf secondes! En fait, notre temps d’attention est tellement à la baisse que si une page web met plus de quatre secondes à s’afficher, 25 % d’entre nous sommes déjà ailleurs. Quel que soit le site visité, la moyenne d’une visite se situe entre 30 et 60 secondes et les entreprises n’ont que 15 secondes pour nous intéresser." Et d'ajouter plus loin que "le site de mesure de performance Chartbeat affirme que 55 % des internautes ne sont pas actifs dans une page plus de 15 secondes. C’est particulièrement étonnant pour les sites qui offrent des articles de fond. Ça veut dire que les gens cliquent sur l’article, mais ne le lisent pas !". Pire "Chartbeat a étudié 10 000 articles et ils ont constaté qu’il n’y a absolument aucun lien entre le nombre de partages et le temps d’attention qui lui a été consacré. Encore plus curieux, les gens partagent des articles qu’ils n’ont même pas lus !".
Sommes-nous en train de devenir des obèses mentaux, gavés d'informations, ravagés par la surconsommation et, partant, la "malbouffe" ? À ceci près que ces informations, nous ne les assimilons pas, vous les effleurons, nous les survolons, et que, loin de nous enrichir, elles nous appauvrissent souvent en nous donnant la triste habitude de zapper, de passer comme l'éclair, curieux d'autre chose, de plus de variété, insatiables sur la découverte et l'inédit. Que celui qui n'a jamais proclamé, triomphant : "tu as vu telle fadaise" – forcément exotique, parfaitement inutile et certainement mal référencée –, jette la première pierre.


Anne Pichon, dans son excellent article de Psychologie, propose en introduction une expérience originale et, selon elle, carrément dépaysante : ouvrir un livre (papier, un vrai) au hasard, et lire une phrase, s'en délecter, s'y noyer juste entouré de mots "nus". "Pas de mot souligné en bleu pour indiquer une explication cachée, pas d’échappatoire vers un lien hypertexte, juste une phrase têtue, qui ne veut pas délivrer son sens, et encore moins disparaître." C'est à cet égard la plus grande curiosité des badauds qui vous voient aborder une liseuse : "comment ? pas de couleur, pas de lien vers internet, rien que des phrases ? et cette désespérante allure de livre de poche noir sur blanc ?" Et l'auteure de l'article qui souligne au passage que "Lire, se détendre, suivre une conversation, être à l’écoute de ses proches, se « poser », tout simplement, ne va plus de soi."  se demande si une révolution silencieuse ne serait pas en train de se produire à l’intérieur de nos crânes ?
Pour nous, je ne sais trop ce qu'il en est : nous avons grandi sans télévision, et notre méthode de pensée s'appuie encore sur l'écrit traditionnel qu'on peut, à condition d'y être attentif, continuer à pratiquer comme un des Beaux-Arts, soit en le pratiquant, soit, au moins, en le lisant, à travers les lignes et dans sa forme la plus classique, imprimée.
Certes, nous sommes forcément soumis au phénomène de saturation de la mémoire qu'engendre la fréquentation d'Internet.(7) Et le danger est grand, en vieillissant, quand la mémoire justement devient paresseuse, de se laisser envahir par une paresse salutaire, et de s'en remettre simplement au clic pour résoudre tous nos problèmes de souvenance.
Et si nous pratiquons Internet, nous savons, en principe, réévaluer, réorganiser ce qui nous apparaît à l’écran. Grâce à la « plasticité cérébrale », notre cerveau est capable de s'adapter et notre formation "classique", humaniste, nous donne les outils pour ne pas nous laisser submerger. Même si notre œil est trop sollicité par l'organisation des signes sur l'écran, nous savons et pouvons le reposer dans la lecture linéaire d'un bon vieux bouquin "imprimé". Car nous savons, et nous aimons lire. Et nos acquis culturels préservent, normalement, notre esprit critique devant la marée d'informations que nous propose la Toile. Et d'y trier ce qui permet de nous "tenir à jour", devant l'obsolescence inévitable de nombre d'entre elles.


Mais pour les jeunes générations, non pourvues de nos antiques facultés de réflexion, lentes mais méthodiques, ancrées sur un vaste matelas de références qui nous apportent des outils de mesure et ce qu'il est convenu d'appeler le sens des valeurs, qu'en est-il ? On nous apprend que, aux Etats Unis en tout cas, à partir de 5 ans, plus de la moitié des enfants utilisent régulièrement un ordinateur ou un tablette, proportion qui passe à 95% pour les teens agers (12 à 17 ans) et que 80% zonent sur les réseaux sociaux. Et, de fait, nous avons tous croisé, ces derniers temps, des ados plongés dans leur smartphone et dont les parents tentaient, vaille que vaille mais sans y parvenir, de limiter le temps d'accès à Internet. Se demandant jusqu'à plus soif ce qu'ils pouvaient bien fabriquer avec leurs copains, pour y passer tant de temps.
Et on ajoute, sans le démontrer cependant, que ces jeunes digiborigènes souffrent d’une incapacité à lire attentivement, sont surchargés d’informations au point de ne plus savoir comment s’organiser, et parce qu’ils font 50 choses en même temps, sont incapables de se concentrer et d’apprendre.
N'en doutons pas, Internet va redéfinir l'intelligence, pas de raison qu'il la fasse disparaître. François Taddei, chercheur en génétique, explique que la forme de cohérence qui nous permettait de juger du niveau d'intelligence de quelqu'un n’est déjà plus pertinente. « Il nous faut apprendre à vivre avec des informations instables, des réponses partielles, dans un monde mouvant. » Il voit dans Internet « une chance de combiner toutes nos intelligences ». Pas de doute possible, de nombreux travaux le prouvent, on est plus intelligent à plusieurs : la dernière étude en date fait valoir qu’un groupe dominé par une ou deux personnes est moins capable d’aboutir à une solution que lorsque la distribution de l’expression se fait de façon plus égale. Internet bouscule nos certitudes, remet en cause la transmission et la répartition du savoir et, forcément, nous déstabilise, voire nous inquiète.
Ceci étant, ceux qui sont arrivés jusqu'ici l'auront compris : cet article est une vraie provocation ! Au pays du "8 secondes par page", une telle diatribe n'a pas lieu d'être et se révèle totalement anachronique. Mieux, elle n'y a pas sa place. Et pourtant, Internet me permet, en tout impunité, voire en parfaite désinvolture, de me livrer à l'exercice, voire d'y prendre un certain plaisir ! Celui des mots "presque" nus ... même si l'article s'habille, par souci de correction, de pas mal de liens vers les écrits qui l'ont soutenu. Et qui sait, il y aura peut-être même quelques lecteurs qui, parvenus à ce niveau du texte, feront, eux aussi, mentir les prévisionnistes alarmistes : non, Internet ne rend pas forcément idiot, mieux, il incite à "prendre la plume", chose que je n'aurais pas forcément faite sans ce blog !



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Notes

(1) Dans Phèdre de Platon (pages 120 à 124, traduction de Victor Cousin)

PHÈDRE.
Plaisante question. Mais dis donc ce que tu as appris des anciens ?
SOCRATE. J'ai entendu dire que près de Naucratis, il y eut un dieu, l'un des plus anciennement adorés dans le pays, ... ce dieu s'appelle Theuth. On dit qu'il a inventé le premier les nombres, le calcul, la géométrie et l'astronomie ; les jeux d'échecs, de dés, et l'écriture. L'Égypte toute entière était alors, sous la domination de Thamus... Theuth vint ... trouver le roi, lui montra les arts qu'il avait inventés, et lui dit qu'il fallait en faire part à tous les Égyptiens, Celui-ci lui demanda de quelle utilité serait chacun de ces arts, et se mit à disserter sur tout ce que Theuth disait au sujet de ses inventions, blâmant ceci, approuvant cela. Ainsi Thamus allégua, dit-on, au dieu Theuth beaucoup de raisons pour et contre chaque art en particulier. Il serait trop long de les parcourir ; mais lorsqu'ils en furent à l'écriture : Cette science, ô roi! lui dit Theuth, rendra les Égyptiens plus savants et soulagera leur mémoire. C'est un remède que j'ai trouvé contre la difficulté d'apprendre et de savoir. Le roi répondit : Industrieux Theuth, tel homme est capable d'enfanter les arts, tel autre d'apprécier les avantages ou les désavantages qui peuvent résulter de leur emploi; et toi, père de l'écriture, par une bienveillance naturelle pour ton ouvrage, tu l'as vu tout autre qu'il n'est : il ne produira que l'oubli dans l'esprit de ceux qui apprennent, en leur faisant négliger la mémoire. En effet, ils laisseront à ces caractères étrangers le soin de leur rappeler ce qu'ils auront confié à l'écriture, et n'en garderont eux-mêmes aucun souvenir. Tu n'as donc point trouvé un moyen pour la mémoire, mais pour la simple réminiscence, et tu n'offres à tes disciples que le nom de la science sans la réalité; car, lorsqu'ils auront lu beaucoup de choses sans maîtres, ils se croiront de nombreuses connaissances, tout ignorants qu'ils seront pour la plupart, et la fausse opinion qu'ils auront de, leur science les rendra insupportables dans le commerce de la vie.
.........
PHÈDRE. 
Tu as raison de me reprendre, et il me semble qu'au sujet de l'écriture le Thébain a raison.
SOCRATE.
Celui donc qui prétend laisser l'art consigné dans les pages d'un livre, et celui qui croit l'y puiser, comme s'il pouvait sortir d'un écrit quelque chose de clair et de solide, me paraît d'une grande simplicité ...
PHÈDRE.
C'est fort juste.
SOCRATE. Car voici l'inconvénient de l'écriture, mon cher Phèdre, comme de la peinture. Les productions de ce dernier art semblent vivantes; mais interrogez-les, elles vous répondront par un grave silence. Il en est de même des discours écrits : vous croiriez, à les entendre, qu'ils sont bien savants; mais questionnez-les sur quelqu'une des choses qu'ils contiennent, ils vous feront toujours la même réponse. Une fois écrit, un discours roule de tous côtés, dans les mains de ceux qui le comprennent comme de ceux pour qui il n'est pas fait, et il ne sait pas même à qui il doit parler, avec qui il doit se taire. Méprisé ou attaqué injustement, il a toujours besoin que son père vienne à son secours; car il ne peut ni résister ni se secourir lui-même.

(2) Conrad Gesner, Bibliotheca universalis, Zürich, 1545, sig.*3v, cité dans : Blair, Ann. “Reading strategies for coping with information overload ca.1550-1700″ in Journal of the history of ideas, vol. 64, n° 1, (Jan. 2003), p. 11-28

(3) Ce projet abouti en 1545 avec la publication chez Froschauer de la Bibliotheca universalis, où ils recensent 10 000 œuvres de 3 000 auteurs différents, par ordre alphabétique d’auteur. Pandectarum sive partitionum universalium libri XIX., publié en 1548, est le second tome de cette Bibliotheca universalis. Cette fois-ci, l’ouvrage comprend également des écrits en langues vulgaires. Les œuvres ne sont plus classées alphabétiquement, mais par discipline. Cet arrangement systématique répond à une division des savoirs qui est présentée sous forme d’un tableau dans le livre même.
Source Bibulyon

(4) ... ce qui peut sembler un paradoxe. Cette inquiétude est exprimée par Henri Estienne dans deux petites dédicaces à Gesner en grec et en latin : Néanmoins il faut maintenant louer ta volonté/ de sauver les textes que tu peux du naufrage.

(5) Dans The Salmon of Doubt (2002),  l'écrivain Douglas Adams explique que ce qui existait déjà quand nous sommes nés nous semble normal, qu'on se jette avec avidité sur tout ce qui apparaît avant nos 35 ans, et enfin, qu'on se méfie de tout ce qui est inventé après.

(6) « Pour moi, comme pour d'autres, le Net est devenu un média universel, le tuyau d'où proviennent la plupart des informations qui passent par mes yeux et mes oreilles. Les avantages sont nombreux d'avoir un accès immédiat à un magasin d'information d'une telle richesse, et ces avantages ont été largement décrits et applaudis comme il se doit. [...] Mais cette aubaine a un prix. [...] Les médias ne sont pas uniquement un canal passif d'information. Ils fournissent les bases de la réflexion, mais ils modèlent également le processus de la pensée. Et il semble que le Net érode ma capacité de concentration et de réflexion. Mon esprit attend désormais les informations de la façon dont le Net les distribue : comme un flux de particules s'écoulant rapidement. Auparavant, j'étais un plongeur dans une mer de mots. Désormais, je fends la surface comme un pilote de jet-ski. »
Cité par le JDN

(7) Les quelque deux cent mille informations visuelles qui parviennent au cerveau toutes les secondes sont beaucoup plus difficiles à mémoriser, parce qu’elles ne lui parviennent pas avec la même cadence, avec la même cohérence : publicités intempestives, dédales de liens hypertextes…, sur Internet beaucoup trop de données nous font perdre le fil, interrompent nos processus cérébraux. Cela se traduit directement par une surchauffe de notre mémoire de travail, celle qui nous permet, par exemple, de retenir quelques secondes un numéro de téléphone, une date, nécessaires pour enchaîner l’action suivante : téléphoner, griffonner une note dans un agenda… S’il est possible d’enchaîner rapidement ces actions, comme en « pilotage automatique », il est surhumain d’essayer de tout faire à la fois. Et pourtant, c’est ce type d’effort qu’Internet exige de notre cerveau. Et en jet continu. « Cela dit, précise François Taddei, chercheur à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), le corpus de savoir de l’humanité est immense, et plus personne ne peut prétendre tout connaître, comme au temps de Diderot. » L’apprentissage scolastique, l’intelligence du « par coeur » n’ont plus cours. La question n’est donc plus de mémoriser le savoir, d’autant que « le savoir est disponible partout, tout le temps ».
Source Psychologies

mercredi 13 mai 2015

Pour un blog qui "marche"


Comment faire pour "faire du chiffre" sur son blog ? Pour certains, monnayant leurs pages (les méthodes sont aussi nombreuses qu'imaginatives en la matière et j'en ai, je crois, déjà parlé), l'affaire est d'importance puisqu'ils "gagnent leur croûte" au clic. Et, nous dit-on, l'affaire peut être juteuse.
Pour d'autres, quand il s'agit de blogs vantant des produits à vendre, on nous apprend qu'il existe des officines qui font commerce de faux avis et de faux commentaires. En la matière, vous avez le choix, dès lors que vous acceptez de payer, entre le démolissage en règle de vos concurrents et les appréciations laudatives sur votre produit. Le recours aux faux avis pour vanter sa marque ou dénigrer celle d'un rival sur le Web serait devenue une pratique courante, et, comme il se doit, mondiale. En juillet 2012, Facebook annonçait ainsi que 83 millions de ses 955 millions de comptes étaient des faux servant, entre autres, à gonfler artificiellement le stock de fans d'enseignes en mal de notoriété, et on imagine que depuis le phénomène ne cesse de se développer. C'est la guerre des avis, les pour et les contre, les frustrés et les fans, les maniaques et les enthousiastes, l'instantané et le passé, l'info et l'intox, le rire et les larmes... en un mot, le pire et le meilleur. Et surtout, pour le visiteur lambda, pressé et persuadé qu'il est bien informé, c'est une jungle dans laquelle il a de plus en plus de risques de devenir un pigeon. Quant aux sites de bonne foi, c'est pour eux une foire d'empoigne dont les naïfs et les gentils ont de plus en plus de mal à sortir indemnes.


Au point que certains, ayant pignon sur rue, vendent des services "de gestion des réseaux sociaux" de plus en plus sophistiqués. Foin des avis anonymes mal rédigés, dans un français approximatif et selon une syntaxe improbable par de petites mains éparpillées dans le monde et cliquant à longueur de journée des "plus" ou des "moins" selon la nature du service attendu. Il y faut du solide, du convaincant et certaines agences déploient, pour offrir des "clics" de qualité un gros effort d'imagination. Prenez l'Agence 910* : oh certes, son site est assez mystérieux quant à la réalité des services offerts. Mais le discours est là : "… il n'y a aucune raison pour subir ! Une réputation est longue à construire et rapide à détruire ? Ce n'est pas si vrai. Une réputation construite et installée dans le temps, avec un vrai programme d'ambassadeurs et d'alliés, avec des contenus de marque forts et des éléments de preuve, est une réputation maîtrisée et stable qui résistera mieux en période de turbulence."


Et d'expliquer, car il faut quand même dévoiler un peu la teneur de l'offre "Pour construire une réputation stable en phase avec sa communauté, il ne faut pas se contenter de se protéger, il faut aller à la rencontre de ses publics.... L'entreprise peut recruter et fidéliser ses publics avec des dispositifs efficaces et mesurables." Un peu plus loin, on en sait plus : "La création et les dispositifs déployés se doivent d'être particulièrement originaux pour émerger & clarifier la lecture ! 910* met à la disposition des entreprises une équipe de seniors spécialisés dans la création et la production de dispositifs digitaux exploitant l'ensemble des possibilités offertes par le web." C'est ainsi que 910* vous propose "une veille adaptée et constante ... permet[tant] de mieux décrypter et de piloter les phénomènes d'opinion, en particulier en situation de communication sensible ou de crise. Elle permet également d'alerter en temps réel en cas de signal faible, dangereux ou à risque." Et en cas de crise (crisis dit avec pédanterie le site, comme s'il était besoin de compliquer un mot simple à comprendre pour lui donner encore plus de force) "910* met à la disposition de l'entreprise une équipe technique à même de réaliser des supports et de lancer des campagnes de référencement et de déréférencement. Une équipe qui peut mettre en place des dispositifs de conversation interne et externe avec des community managers expérimentés, qui travaillent avec des outils et process éprouvés." Sapristi qu'en termes alambiqués ces choses-là sont dites !!


Bon, je sais, je vous donne peut-être l'impression de tout mélanger, car les faux avis, ou "maquillage de notoriété" sont en général réservés aux sites marchands, soucieux de se débarrasser des concurrents ou d'affirmer, (faux) témoignages à l'appui, leur supériorité. Une abondance d'avis dithyrambiques sur les forums et d'interventions enflammées sur Facebook (1), la modification à la marge de commentaires afin de les amener à dire ce que la marque veut entendre (2) sont pratiques courantes, voire admises comme autant de moyens de concurrence. Et mon titre parle, plus modestement, "de blog qui marche" : il faut bien vous avouer que, comme souvent, je me laisse égarer.


Le déclencheur de l'article n'était qu'une petite surprise alors que je passais par l'outil "statistiques" proposé sur la page conception du blog. Et, consultant les chiffres mensuels - car j'ai beau être modeste, j'aime bien être lue, ou au moins, visitée - j'y vis que ce bon Saint Joseph, célébré chaque année le 19 mars, avait fait ce mois-ci un petit regain d'intérêt puisqu'il avait reçu, en mars 2015, 213 visites. Pour un article vieux de 5 ans et qui, il faut bien l'admettre, ne cassait pas trois pattes à un canard. Sagement entouré de Pâques et le fait religieux au XXIe siècle, qui n'en est qu'à son démarrage et les violettes du 15 mars, il avait relégué "mon" article le plus lu, mon "fonds de commerce" en quelque sorte, à la 5ème place mensuelle. Lucian Freud et ses toiles angoissantes ne fait pas recette au printemps ! Et il m'est simplement venu la réflexion suivante "pour faire du chiffre, il faut faire dans l'actualité". Remarque basique s'il en est, la presse a déjà compris cela depuis deux ou trois siècles, et qui, vous l'avouerez, fait un bien piètre départ pour un billet sur ce blog !


Poussée par le lucre (mot bien excessif en l'espèce car ce blog n'est que plaisir éprouvé à l'écrire, parfois agrémenté d'une petite fierté à l'idée d'avoir été lue, avec, qui sait, un peu d'intérêt), j'allais illico vérifier mes classiques en fréquentation totale : Lucian qui caracole toujours fièrement en tête, indétrônable, suivi à distance respectueuse par NON, puis par la fidèle Mertensia et, bien plus loin, alors qu'elle eut, en son temps, son heure de gloire, par la Mique sarladaise. Et d'ajouter in petto "pour faire du chiffre, il faut faire dans le placement à long terme !". Des sujets qui durent : finalement les peintres et l'art ont une durée de vie qui se renouvelle sans cesse, cela ne se démode pas, contrairement à l'actualité.
Tu es satisfaite Michelaise ? C'est pour nous dire quelques banalités sans conséquence que tu as pris la plume aujourd'hui ? Un billet, c'est certain qui ne "fera pas de chiffre", ne te berce pas d'illusions, ce  n'est pas avec de telles considérations que tu vas augmenter tes visites !



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(1) A l'instar des 300 000 faux fans d'Orangina sur Facebook en 2012.

(2) Certains sites de vente ou de comparaison gèrent les avis de consommateurs de manière discutable afin de ne pas froisser un gros client ou un annonceur récurrent, par exemple. Il est pour eux facile de sortir une appréciation de son contexte, de le traduire approximativement ou de corriger les fautes d'orthographe afin de doper sa crédibilité. “ Or en français, l'ajout d'un point d'exclamation ou d'un adverbe est susceptible de transformer un avis négatif en une remarque neutre ”, observe Thierry Spencer, vice-président marketing de TestNtrust, un site d'avis de consommateurs. (source)

dimanche 29 mars 2015

La vie privée est-elle encore une option ??


Et oui, le message est dores et déjà, vrai, tenez-vous le pour acquis ! L'ami lyonnais va encore me demander si j'ai digéré de travers, ou quel mauvais vent me titille. Mais me voilà de nouveau en train de piquer une rogne monumentale, et, je l'avoue, toujours un peu pour la même raison : l'invasion de mon espace privé, l'intrusion dans mes plate-bandes, l'ingérence dans ma ordinateur. Au motif, toujours, très louable et ô combien apprécié (me dit-on) de nos semblables, de m'aider. Cette fois-ci c'est sous forme d'une jolie récompense, en forme de points et autres avantages ni sonnants ni trébuchants mais réputés indispensables, que l'affaire s'est matérialisée. L'autre soir, j'ai dû changer mes cartouches d'encre. Et voilà que le lendemain matin, en relançant mon ordi, s'ouvre tout benoitement ce message :


Et me voilà partie au quart de tour, "Mais qu'ils me lâchent les baskets les fâcheux, je fais ce que je veux et on n'a pas  à me féliciter et à me récompenser... s'ils continuent je mets des cartouches low cost, moi !! Un bonus, non mais ... n'importe quoi". Quand je vois que les hypocrites affirment qu'ils protègent la confidentialité, je t'en fiche ! Ils m'espionnent pour savoir ce que j'utilise comme marque de cartouches et ils osent parler de respect de la vie privé. Les parasites !!


Les fourbes, ils ne collectent de données sur votre ordi que pour vous donner des points, ben voyons, voire pour empêcher les autres utilisateurs d’accéder à vos récompenses ! Mais de quoi je me mêle ??? Bande de tartufes, pharisiens de bas étage ...


... et comme j'ai choisi de refuser que vous stockiez mes données, privée de Bonus. Mais je suis contente moi, que vous gardiez vos primes à la petite semaine, je n'ai rien à faire du cadeau Bonux !! Qu'on me laisse mener mon imprimante comme je l'entends et décider seule de la marque de mes cartouches, sans me pister, sans me traquer, sans m'espincher par-dessous le clavier !!


Et pourtant ... mes colères, aussi redondantes qu'inutiles, sont un peu comme un combat de dernière garde. Durant que j'effectuais autour de mon ordi ma danse de Sioux en criant "Mort aux Judas et aux traitres qui trifouillent dans "mes" affaires", Alter était en train de se régaler d'un article dont il ne put s'empêcher, histoire de calmer cette ire redondante, de me claironner le titre "La vie privée est une anomalie". Au motif que le postier d'autrefois connaissait tous les expéditeurs des lettres reçues dans le village et la teneur de toutes les confidences téléphoniques et que l'intimité serait une notion essentiellement urbaine et post-industrielle, on veut nous faire accroire que l'anonymat ne serait plus compatible avec nos sociétés modernes. Et c'est pour notre plus grand bien que Google nous espionne. D'ailleurs si pour le moment il essaie (encore un peu) de ne pas franchir certains limites toujours jugées taboues, ce n'est nullement par respect mais simplement pour éviter de trop nous braquer. Le maître mot, pour notre plus grand bonheur, c'est la personnalisation. « Une idée serait que de plus en plus de recherches soient effectuées en votre nom, sans que vous ayez à les taper. Je pense véritablement que la plupart des gens ne souhaitent pas que Google réponde à leurs questions. Ils veulent que Google leur dise quelle est la prochaine action qu’ils devraient faire. » 


D'ailleurs, ces espèces de revendications farfelues du type de celles que votre Michelaise égrène comme autant d'incantations inutiles, prétendant faire ce qu'elle veut et pas ce que décide la machine, c'est louche : l'anonymat cache toujours quelque chose de pas très net,  et, de ce fait, il est dangereux. Idéal pour cacher les actions malfaisantes. « Si vous faites quelque chose que vous souhaitez que personne ne sache, peut-être devriez vous commencer par ne pas le faire. » et pan dans les dents ! Non mais ... Qui sait ce que Michelaise peut bien concocter de répréhensible à ne jamais vouloir qu'on mette son nez dans ses affaires, à pester dès qu'on tente de l'aider et de résoudre à sa place toutes les difficultés. Comment, elle veut des aspérités ? Qui sait si Google ne va pas bientôt lui recommander un bon psy, elle semble en avoir diablement besoin. A-t-on idée de s'insurger contre un « futur où vous n’oublirez rien. Dans ce futur nouveau, vous ne serez jamais perdu. Nous connaîtrons votre position au mètre près et bientôt au centimètre près. Vous ne serez jamais seul, vous ne vous ennuierez jamais, les idées ne viendront jamais à vous manquer. » Quel monde paradisiaque... 


Allons Michelaise, cesse de radoter, débranche ton ordi et va élever des chèvres sur le Larzac, c'est bien de ton âge va... Que nenni, vous croyez qu'on peut s'en sortir aussi simplement ?? "L’avenir selon Google : si vous n’êtes pas connecté, vous êtes suspect", ben voyons !! Il ne manquait plus que cela. C'est l'apocalypse ! « The New Digital Age » - Eric Schmidt, 56 ans, pendant dix ans le PDG de Google et depuis deux ans son président exécutif et Jared Cohen, de 25 ans son cadet, un jeune premier intellectuel passé de la diplomatie auprès de Hillary Clinton à la tête de Google Ideas, le think tank du géant américain - annonce la fin de la vie privée et de l’anonymat à l’ère numérique, avec l’apparition de « la première génération d’êtres humains à avoir un dossier indélébile ».  Les débats qui nous ont fort agités à propos de Fessedebouc et de la protection des données sont carrément dépassés : il va nous falloir assumer des « profils officiels » vérifiés pour avoir un accès complet aux données internet. Il nous faut (presque) dores et déjà accepter que toute notre (petite) histoire soit stockée dans un « cloud » et donc susceptible d’être vue par tous ceux qui disposent du savoir-faire suffisant. Mais surtout, le refus de se plier à cette ère du tout-connecté sera suspect aux yeux des autorités, tous régimes confondus : « Un gouvernement pourra suspecter que les personnes qui choisiront de rester totalement à l’extérieur ont quelque chose à cacher et sont donc plus susceptibles de violer la loi. Les gouvernements, par précaution antiterroriste, pourront faire un fichier des “gens cachés”. [...] Vous pourrez même être soumis à des nouvelles règles strictes incluant des contrôles plus rigoureux dans les aéroports et même des restrictions de voyage. » Nos données, déjà collectées à des fins commerciales, le sont aussi, et de plus en plus, à des fins judiciaires. 
Et ne dites pas « Peu importe que Facebook ou Google connaissent mes goûts musicaux ou mes opinions ! » « Je n’ai rien à me reprocher. » car le problème va beaucoup plus loin. Elle atteint de proportions illimitées : identité, goûts, opinions, croyances, géolocalisation…, elle est peu régulée et le fichage constant des citoyens met en péril la présomption d’innocence. Vous êtes, à votre insu, profilé ou, du moins, profilable en permanence. C'est plus encore le rapprochement de données, a priori cloisonnées - vos goûts, le lieu où vous êtes, vos déplacements, vos opinions, vos pratiques - qui permet de créer un profil de plus en plus précis de vous. On détecte, avec une marge d'erreur négligeable, vos tendances politiques et religieuses, vos relations, vos achats, vos occupations, mais aussi vos déplacements (virtuels et physiques), vos horaires ou vos modes de transport. Et tout cela au nom, vous allez rire, de la confidentialité ! Mais oui, c'est à ce titre que les données personnelles collectées par les différents services de Google seront désormais réunies en une seule base de données.



Et dès lors, on ne fonctionne plus que sur des voeux pieux :  une fois un fichier mis en place, il ne reste plus qu’à espérer qu’il ne serve jamais à autre chose que le but initial pour lequel il a été conçu. Il suffit de prétendre instaurer un fichier des « gens honnêtes », et le tour est joué. Car on clame de plus en plus que « Les comportements que l’on veut cacher sont forcément des comportements malsains. Les gens honnêtes n’ont pas à avoir peur de la surveillance. »
Et le paradoxe est que cette récupération massive des données n’est pas réalisée de manière autoritaire. Les internautes participent joyeusement sur les réseaux sociaux au décloisonnement de leurs informations personnelles et à leur collecte. Faut-il pour autant abandonner le combat de la protection de la vie privée au motif que nous l'avons bien cherché et construit nous-même les bâtons pour nous battre ? Car comment accepter par exemple que Facebook conserve tous les messages privés et tous les e-mails ? Il y a déjà plusieurs mois, un utilisateur de Facebook a demandé à l’entreprise de lui communiquer toutes les données qu’elle avait conservées sur lui, en vertu de la directive de l’Union européenne à ce sujet. Le résultat est frappant : le fichier PDF rendu contient une quantité astronomique d’informations, dont l’ensemble des messages privés envoyés et reçus, supprimés ou non par l’utilisateur. Les conversations sur Skype ne sont pas mieux protégées et tout cela est aisément consultable grâce aux outils d’espionnage adéquats.


Conclus Michelaise, tu nous assommes avec ta science-fiction de bas étage ! Je lisais en 1978, un peu étonnée et pas franchement inquiète, comme tous ceux de ma génération, les attendus qui me semblaient un peu délirants et vaguement paranoïaques de la loi Informatique et Libertés (au pluriel, oui, oui !!) : les législateurs n'avaient alors pour ambition que de reconnaître de nouveaux droits aux citoyens à l'égard des grands systèmes centralisés d'information, dont les administrations commençaient à se doter. Mais pas plus eux que moi ne pouvions imaginer le développement d'Internet et ses débordements actuels, tsunami qui engloutit tous nos repères et fait de nous des proies idéales, quelle que soit notre vigilance, toujours prise en défaut par l'imagination de ceux qui inventent plus vite que leur ombre de nouveaux moyens de nous prouver que la vie privée n'a plus de sens. Et que, j'en suis désolée, ce n'est même plus une option.


vendredi 6 mars 2015

Les enfants gâtés de la Génération 68

"La nouvelle génération est épouvantable. J'aimerais tellement en faire partie !" Oscar Wilde

Alors qu'on ne cesse de parler d'égalité et de fraternité, la tendance est, plus que jamais et avec une once évidente d'intolérance, à créer des cases et des compartiments bien étanches dans lesquels on classe tout un chacun. Après les âges, premier, troisième, quatrième voire plus, si affinités, nous sommes dans la mouvance des générations. La plus ancienne, dont on ne parle plus guère car elle est en EHPAD, ce sont ceux qui sont nés dans les années 1925-1942. Ils ont reçu de la part des sociologues le nom de "génération silencieuse", et leur devise, si tant est qu'on puisse l'appeler ainsi car finalement ils ont subi cet état de faits, était "loyauté et sens du devoir" (1)
Vous avez forcément entendu citer, voire déplorer, les fameuses générations X, Y ou Z. (2) Et l'avant X, cette dernière étant aussi connue sous le nom génération Baby Bust, en raison du faible taux de natalité par comparaison à la période précédente, il avait donc la génération Baby-boom. Vous savez, les 79 millions de bébés nés entre 1943 et 1959. (3)


La Seconde Guerre mondiale est en train de se terminer par une victoire totale des Alliés, notamment le Canada, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni. C'est pourquoi le baby-boom, particulièrement fort en Amérique du Nord et en Australie, a aussi concerné l’Europe de l’Ouest et du Nord. En France, alors que l’indicateur conjoncturel de fécondité était de l’ordre de 2,1 enfants par femme à la veille de la guerre, il a culminé à 3 de 1946 à 1949 et s’est maintenu au-dessus de 2,6 de 1946 à 1967. En Europe, le baby-boom a présenté deux pointes, l’une à la fin des années quarante et l’autre dans la première moitié des années soixante. La première a eu pour origine la récupération des naissances empêchées par la guerre. La seconde est provenue de la précocité croissante des mariages et donc de la remontée de la fécondité des jeunes femmes.(4)


Bon, fort de toute cette marmaille, le monde occidental et, c'est surtout d'elle que je veux parler, la France les a élevés au mieux, éduqués dans une ambiance ambivalente de renaissance d'après-guerre, de reconstruction, de développement économique allègre et "glorieux" tout en lui imposant, dans son enfance, les valeurs anciennes de respect de l'autorité, des structures hiérarchiques et d'une vie centrée sur le travail et de valorisation sociale liée à la carrière. Bien mieux formée que ses aînés, ces jeunes qui avaient une vingtaine d'années en 1968, ont eu beaucoup de chance. Après une enfance épargnée par la guerre, ils arrivaient sur le marché du travail à un moment où le problème des entreprises était de trouver de la main-d'oeuvre plutôt que de s'en séparer. Et ils n'avaient pas la moindre envie de se couler dans le moule "travail, famille, patrie" que leur suggéraient leurs aînés. Pourtant, ceux qui avaient une formation un peu plus longue que la moyenne pouvaient bénéficier d'un généreux ascenseur social. Ils en profitèrent, largement d'ailleurs, mais pas avant d'avoir jeté leur gourme. Et avec panache : barricades, révolution, émeutes et grèves en tous genres les ont mobilisés plus qu'aucune autre génération d'avant ou d'après !


C'est que l'enjeu était de taille : sur fond d'apologie, bien normale, de la Résistance, de survivance des vertus familiales et sociales et de relents mal digérés de Guerre d'Algérie, cette génération est aussi celle de la Guerre Froide et de son inévitable dichotomisation de la pensée politique, entre Est et Ouest, entre bien et mal. Il fallait à ces jeunes, nés une petite cuillère dans la bouche, se tailler une part du lion et ils le firent en défendant des idéologies parfois confuses et toujours contestatrices, tout en revenant bien vite aux valeurs de papa que, finalement, ils n'avaient raillées que pour mieux les épouser. Avec quelques effets secondaires qui marquèrent durablement les générations suivantes.
Oh certes, le communisme utopique qui a inspiré la génération 68 peut sembler très éloigné de l’esprit gestionnaire d’une gauche convertie au réalisme économique et à la frénésie comptable, mais finalement l'orthodoxie libérale qui gouverne le monde depuis quelques lustres est la conséquence logique de cette flambée qui fit long feu. Elle prône finalement le désintérêt délétère pour la chose publique, au motif qu'on ne peut rien en attendre de bon.
Rappelons-nous ces années 68 où, temps béni, il n'existait plus de mendiants dans les villes et où les marginaux étaient quasiment invisibles, à l'exception des jeunes communautés qui, de-ci, delà, tentèrent pendant quelques années de s'offrir en modèle chimérique à ceux qui étaient bien vite rentrés dans le rang. Car à peine rangés les pavés et essuyées les dernières larmes des lacrymogènes, nos jeunes révolutionnaires ont bien vite rattrapé le temps perdu pour mettre cette belle société florissante d'après-guerre en coupe réglée. Il fallait faire vite car la crise de 1973 approchait à grand pas et la fin des Trente Glorieuses pointait le bout de son nez.


Oh certes, mai 68 fut l'époque de la grève générale la plus puissante du XXe siècle (de 7 à 10 millions de grévistes), et, pourtant, ce fut également, pour une majorité de Français, un grand moment de desserrement social. Les accords de Grenelle, avec l'augmentation du Smic, ont beaucoup plus marqué les salariés que les nuits agitées du VIe arrondissement. Car, loin des slogans de sorbonnards, ce fut dans tout le pays un moment de prise de parole. Une pause collective joyeuse et étourdie dans un pays en pleine modernisation qui n'avait pas dételé une seconde de la reconstruction à la croissance des années 60. Cette bouffée d'air ne sera pas oubliée: ce fut le point de départ d'un syndicalisme nouveau, d'un souci de soi plus attentionné et de la démocratisation des loisirs.
Et pourtant, c'est vraiment de cette époque que date la "fracture sociale" car ce peuple idéalisé est devenu au mieux un objet d'oubli et d'indifférence, voire, parfois un objet de détestation, une épine obsédante qui ne cesse de s'exprimer. Ainsi du retournement du terme "populisme" pour stigmatiser le comportement des masses, votant de plus en plus mal à mesure qu'elles étaient abandonnées à leur sort. Ce fut aussi la naissance d'un racisme anti-pauvres se moquant de ces êtres moches et abrutis, habillés prolo-concierge-bobonne, largués par la technologie et la modernité et trop bêtes et trop méchants pour inspirer la moindre compassion. Racisme dont les intellectuels de la soixantaine, écrivains, cinéastes, penseurs sont les plus ardents porte-drapeaux car le pauvre irrécupérable, que voulez-vous, ça fait peur, surtout quand on aborde, bon pied, bon œil, le troisième âge !!

Photo de Cartier-Bresson 

Au printemps 1968, nos jeunes écervelés avaient aussi à coeur de revendique et de vivre des plaisirs auxquels les aînés n’avaient jamais eu droit, puisqu'avant 68 l’inhibition sexuelle dominait les comportements. On a un peu oublié que la contestation étudiante avait commencé à l’automne 1967, par la remise en cause des règlements intérieurs des résidences universitaires, c’est-à-dire la ségrégation des garçons et des filles. (5)
Quand la loi Neuwirth légalisa la contraception en 1967, ce fut de manière très limitative, pour les familles nombreuses, mais surtout pas pour permettre aux jeunes gens de faire l’amour en dehors des liens du mariage. Pour ces derniers qui, dans les universités, se nourrissaient de philosophie critique, la misère sexuelle que leur imposait la société procédait d'une domination politique patriarcale. Il fallait en finir et s'il est une victoire et un confort que cette génération gagna sur toutes celles qui l'avaient précédées dans l'histoire de l'humanité, c'est bien le droit au plaisir et à la dissociation volontaire entre sexualité et procréation. Les baby-boomeuses furent les premières femmes de l'histoire à ne plus trembler de tomber enceintes chaque fois qu'elles faisaient l'amour. Et leurs partenaires en tirèrent de nombreux avantages !!
Et pourtant, même si les adversaires du « mariage pour tous » ont maudit ces gauchistes qui avaient ouvert la voie et tenaient certainement les ficelles dans les coulisses, ils ont oublié que si la génération 68 a bien œuvré à la levée de l’interdit homosexuel, rien ne lui était plus opposé que la revendication du mariage. Le conformisme de la revendication a, pour ceux qui la proclament, quelque chose d'étrange. De même, on peut voir dans le débat sur la prostitution et le projet de pénaliser l’amour vénal, la main de la génération 68. Pourtant, sauf à penser que décidément les histrions ont vieilli et ont renié leur orientation hédoniste et libertaire, la montée d’une gauche puritaine est aux antipodes de l’esprit soixante-huitard.


Car c'est bien de cela qu'il s'agit : ces jeunes agités, quand ils eurent bien élevé quelques chèvres et fumé quelques pétard, rentrèrent sagement au bercail. La majorité des lanceurs de pavés était issue de la bourgeoisie, petite ou grande. "Rentrez chez vous: un jour, vous serez tous notaires  !" leur disait Ionesco. Et, de fait, ils prirent sans sourciller les rênes d'une danse économique dont ils tirèrent moult profit. Mai 68 fut le moment clef de la prise du pouvoir par la génération la plus gâtée de l'Histoire - la première de l'histoire de France épargnée par la guerre - qui a poussé dehors la précédente, traumatisée par la guerre d'Algérie, et qui a sacrifié les suivantes à son avantage. La génération 68 s'est installée au bon moment dans une société qui avait récolté le fruit des investissements et efforts passés - Etat-providence, planification, expansion -, fruit dont elle a joui sans entraves et sans beaucoup penser à ses successeurs. Qu'on pense simplement à l’inconscience écologique et aux dégâts irréversibles que cette conduite imprudente a engendrés.


Cette génération est maintenant en âge de jouir d'une retraite qu'elle estime "bien gagnée" et entend le faire à son rythme, en tenant compte de ses nouveaux idéaux, épicuriens, vaguement érotiques et largement égoïstes. Car il y a bel et bien un privilège soixante-huitard: pour la première fois dans l'Histoire, une génération aura mieux vécu que les suivantes. (6) Durant les Trente Glorieuses, les vieux ont été sacrifiés au profit de la génération du baby-boom et, depuis les années de crise, c'est au tour des jeunes de souffrir pour que ses privilèges de notre génération gâtée ne soient pas touchés.
Comme, en prime, cette génération de "profiteurs" que nous sommes est une surdouée de la communication, elle réussit à faire croire qu'elle a conservé ses idéaux et qu'elle est restée une agitatrice aux intentions vertueuses. Elle effectue une sorte de tour de passe-passe en affichant la provocation comme substitut de la révolte. L'ancien alibi des soixante-huitards - "Je scandalise, donc je reste un révolté" - s'est mué en conformisme, voire en impératif de marketing dans le domaine de la consommation culturelle. Prenez le marché de l'art (je pense à Koons auquel j'ai consacré un article) qui n'a jamais été si académique, subventionné et étatisé, et qui fonctionne trop souvent à la provocation, dans une répétition routinière et pompière du geste - alors de vraie rupture - de Marcel Duchamp baptisant un urinoir oeuvre d'art. De même, l'invasion de la pornographie chic et du voyeurisme choc permettent, dans l'édition, le cinéma et la télévision, d'attirer le chaland par une surenchère de "jamais vu" ou de "jamais lu", devenus simples arguments commerciaux. Quitte à se faire avoir comme avec les fameuses 50 nuances (encore un autre article) !! Et comme nos compagnons de la révolution de 68 ont bien vécu et se sont enrichis, ils aiment le luxe et pour le faire passer, ils donnent dans le "transgressif provocant" : les publicités pour Dior, Gucci ou Ungaro suggèrent des scènes de sadisme, de zoophilie et de viols sur papier glacé... et gare aux objections qui ne seraient qu'un signe épouvantable de "retour à l'ordre moral". C'est un élément inséparable de la langue de bois soixante-huitarde que d'affirmer que la moindre contestation de son marketing de la provocation est la résurrection de l'hydre d'un ordre moral trépassé.


Et pourtant, nous vieillissons, je l'ai dit. Et, outre le fait que notre discours de privilégiés est cousu de fil blanc, nous commençons sérieusement à être ringardisés. Les jeunes se bouchent les oreilles dès qu'un vétéran de 68 ouvre la bouche, et, loin de nous admirer, ces galapiats nous mettent en péril. Nous sommes plus vulnérables aussi, fragiles même parfois. Alors que faisons-nous ? Eh bien qu'à cela ne tienne : nous réclamons haut et fort ce que nous avons balancé par-dessus les moulins hier : qu'on remette des estrades à l'école, qu'on renforce l'autorité des maîtres et qu'on apprenne enfin la Marseillaise à nos enfants. Effrayés par les effets durables de leur révolution sur les mœurs, ils considèrent sans rougir que l'éducation actuelle des enfants n'augure rien de bon pour les générations futures. Et qu'il serait bon de reconstruire les valeurs qu'ils se sont employés à pourfendre. Pour qu'ils jouissent d'une vieillesse paisible.


Persuadés d'être la génération élue, et, dans les faits pas de doute qu'elle le soit, elle refuse de passer la main et s'inquiète de ce monde où tout va trop vite et où elle est, vraiment dépassée par une tout autre révolution que la sienne : la révolution numérique et celle des réseaux sociaux. Elle a peur "Peur du temps. Peur de la vieillesse. Peur de devenir inutiles. Peur de s’être trompé. Peur d’avoir échoué. Peur de faire face à [ses] échecs, à [ses] responsabilités. Peur de laisser la place. Peur que d’autres fassent mieux. Peur de ce monde qu’[elle] ne comprend pas, qu’[elle] ne comprend plus, qu’[elle n'a] jamais compris, bloqué[e] dans cette posture de jeunesse révolutionnaire qui n’a jamais grandi et n’a jamais su devenir adulte". Ce n'est pas moi qui le dit mais "un jeune", et sans y mettre les gants ! Qui nous traite, très justement, d’éternels adolescents, laissant derrière nous un monde à l’image de notre vie : "en rébellion contre « l’ordre », cédant à l’appât du gain, incapable d’assumer leurs bêtises et persuadés d’avoir raison". Un jeune qui ajoute : Enfin, il était temps, la retraite arrive pour eux.... Qu’enfin, le monde avance, et qu’on tourne une bonne fois pour toute cette page immature de l’histoire. Enfin !". Mais c'est compter sans notre nombre, notre poids économique, notre solide entêtement à être et rester la génération la plus bénie de l'histoire de l'humanité et qui compte bien en profiter jusqu'à son dernier souffle.

"Chaque génération se croit plus intelligente que la précédente et plus sage que la suivante." George Orwell

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Notes

(1) Ils ont vécu durant les temps de guerre et de dépression. Ils ont grandi à une époque où la qualité du travail était un art et les habiletés étaient spécialisées.
Génération marquée par la guerre et un choix de vie plus limité. C’est la génération coincée entre les G.I. (du genre autoritaire et narcissique) et les Boomers (parleurs mais indépendants). Ils sont 50 millions à être nés durant ces vingt ans. Ils se sont basés sur les G.I. américain, qu’ils ont pris comme modèles.
Acharnement au travail et sens prononcé du devoir.
Docilité face à l'autorité.
Gratification retirée de l'effort de travail fourni.
Loyauté envers son entreprise.
Économie et prudence.
Connaissance moindre des technologies de l'information et des communications.
L’appréciation de la capacité de maîtriser un métier ou une habileté en particulier.
Le désir d’être rémunéré en salaire et en avantages sociaux.
(2) Genération X : Personne née entre 1960 et 1980
La génération X regroupe les personnes qui sont nées entre 1960 et 1980.
Cette génération n’était pas ou peu connectée. Pour réussir dans la vie, on s’accrochait à un poste étant donné la précarité du marché de l’emploi et on tentait de gravir les échelons.
Monter sa boite n’était pas chose aisée. Les affaires étaient souvent familiales et construire une véritable « success story » relevait de l’exploit et de la chance. La communication était beaucoup plus lente et très centralisée.
Aucune réussite à court ou moyen terme n’était envisageable. Si l’on décidait de se lancer, on savait qu’on était parti pour des dizaines années avant de bâtir une grosse société... Ceux qui ont su tirer leur épingle du jeu ont aussi investi dans l’immobilier et les terrains. La Télévision représentait l’avancée technologique par excellence. Mais l’information était bien souvent filtrée et lente. Cette génération s’est aussi battue pourses libertés et les a obtenues avec brio. La vie n’était pas un long fleuve tranquille, mais tout était relativement prévisible et n’allait pas trop vite.
Mais à partir des années 80, la technologie commence à se développer à un rythme exponentiel. Cette génération n’est pas encore dépassée, car pour elle, tout ce remue-ménage se tassera bien vite. Internet et l’ordinateur, c’est fait pour les ingénieurs de la NASA et les illuminés.... Erreur, car internet et la technologie deviennent accessibles au grand public et abordables financièrement. La génération Y, qui a grandi au même rythme que ces innovations, débarque sur le marché du travail et comprend parfaitement les enjeux économiques qui en découlent. Cette génération n’hésite pas à bousculer tous les codes dans l’entreprise, n’imagine pas rester toute sa vie dans la même boite, est connectée en permanence et comprend que gagner de l’argent sur le net peut se faire beaucoup plus rapidement qu’aucune entreprise ne l’avait fait auparavant. Le marché de l’emploi étant bien plus que morose, les études se rallongent et l’ordinateur s’invite dans le quotidien.
Génération Y : Personnes nées entre 1980 et 1995
C’est la génération des « digital natives » qui ont grandi au même rythme que s’est développé le réseau internet et l’accès aux ordinateurs. Cette génération est parfois surnommée Génération Peter Pan, qui, en l’absence de rites de passage à l’âge adulte, ne construit pas d’identité ou de culture d’adulte spécifique.
Cette génération Y est celle qui pose le plus de problèmes à la génération X. Elle remet tout en cause, détruit les modèles de management existant, révolutionne la manière classique de vendre un produit et privilégie la créativité, l’innovation, et le culot. Ceux de la génération précédente ne comprennent pas ces nouvelles valeurs, cette nouvelle façon de penser. Ce mode de communication qui auparavant ne pouvait fonctionner autrement que verticalement part désormais dans tous les sens. L’efficacité devient beaucoup plus importante que l’ancienneté.
internet et la technologie deviennent accessibles au grand public et abordables financièrement. La génération Y, qui a grandi au même rythme que ces innovations, débarque sur le marché du travail et comprend parfaitement les enjeux économiques qui en découlent. Cette génération n’hésite pas à bousculer tous les codes dans l’entreprise, n’imagine pas rester toute sa vie dans la même boite, est connectée en permanence et comprend que gagner de l’argent sur le net peut se faire beaucoup plus rapidement qu’aucune entreprise ne l’avait fait auparavant. Le marché de l’emploi étant bien plus que morose, les études se rallongent et l’ordinateur s’invite dans le quotidien.
La génération Y sait s’adapter et est multitâches. Il ne faut plus la catégoriser dans un emploi ou une compétence.
la génération Y ne cherche pas qu’on lui fasse des remontrances sur son âge, expérience, formations, etc. Elle veut simplement prouver son efficacité. La seule chose qui compte c’est d’être le plus performant et ce peu importe la manière, et attend en retour des responsabilités. Elle ne comprendrait pas d’accorder ces responsabilités à d’autres avec pour excuse l’âge ou l’expérience. Mais il y a peu de chance pour qu’elle se laisse faire. Beaucoup de managers sont d’ailleurs en train de s’arracher les cheveux. Et le meilleur moyen de résister à « Gen Y » c’est d’y céder.

Génération Z : Personnes nées en 1995
La génération C (Communication, Collaboration et Création), plus communément appelée Z, afin de respecter l’ordre précédemment établi. Ceux qui la composent sont nés autour des années 1995. C’est une génération qui a grandi avec la technologie, mais surtout avec le Web Social et le rythme effréné du développement du net. C’est une génération connectée en permanence.
La Gen Z à venir est hyper connectée. Elle a grandi avec les réseaux sociaux. Elle ne comprend pas la communication verticale qui existait au sein d’une entreprise. Avec elle, plus de temps à perdre. Les entretiens ou réunions se feront en ligne. L’espace physique sera explosé, car le travail pourra se faire de n’importe où. Il n’y aura plus de barrière entre vie personnelle et vie professionnelle. Il n’y aura plus de notion d’heures de travail. Tout sera mélangé dans un monde où les plateformes sociales régissent le quotidien.
Paradoxalement, cette génération qui maîtrise à la perfection les rouages du Web Social recherchera plus de sécurité. Elle aura la sensation de débarquer dans un monde où tout est fait. Elle cherchera une certaine stabilité et à se rassurer pour son avenir. Mais cette stabilité ne se fera pas sans l’apport des nouvelles technologies. Travailler ne se fera pas sans un Web ouvert et social.
Le plus difficile pour cette génération, c’est qu’elle doit se débrouiller seule, car le système éducatif ne les prépare pas « encore » à tous ces changements qui ont DEJA eu lieu. Ils ont grandi dans un monde scolaire qui ne correspond pas à l’univers professionnel actuel et futur. Il faudra certainement attendre la suivante pour un tel changement. Rien n’a été prévu pour les préparer à ces bouleversements et le seul repère vient d’une partie de leurs ainés qui ont su s’adapter.
Source Creativequebec

(3) La génération Baby Boomers inclut au moins deux sous-générations, si on laisse de côté les « Baby Busters » qui tendent vers la génération X :
- La « Beat Generation » : souvent considérés comme les hippies, les punks, les consommateurs de drogues et d’alcools, les libertins, etc., nés entre 1948 et 1962.
- La « Génération Jones » : nés entre 1954 et 1965.
Source Psycho-textes


(4) Le « baby-boom » s’explique sans doute :
a- par un contexte économique plus favorable
b- mais également par des politiques familiales affirmées (en France, Code de la Famille en 1939, allocations familiales et quotient familial en 1945)
c- des réactions collectives à la dénatalité précédente
d- ainsi qu’à de nouvelles valeurs sociales où l’enfant, le couple, la famille sont plus présentes.
Le « baby-boom » s’arrête en 1964 avec une chute de la fécondité enregistrée dans la grande majorité des pays développés. Certains connaîtront une chute plus tardive (surtout les pays du bassin méditerranéen comme l’Espagne ou le Portugal) mais elle sera plus forte. Cette chute de la fécondité est donc un phénomène démographique majeur de la fin du 20ème siècle pour les pays développés.
Source Archives Google

(5) Les renseignements généraux l’avaient d’ailleurs fort bien compris mais leurs rapports ne pouvaient qu’engendrer le mépris des vieux barbons qui dirigeaient le pays. Et leur méprise sur la portée du mouvement.

(6) En 1975, l'écart moyen entre le salaire des quinquagénaires et celui des trentenaires était de 15%; en 1995, il est passé à 40%: le pouvoir d'achat des quinquagénaires a progressé de 35%, tandis qu'a baissé celui des trentenaires, qui, même diplômés, mettent plus de temps à trouver un emploi fixe et dont la promotion est bloquée par des quinquagénaires dont ils devront payer les belles retraites... 


samedi 14 février 2015

Saint-Valentin : à chacun son parapluie


De mon temps, pour conquérir une belle, fut-ce pour quelques instants, on partageait avec elle son parapluie :

Il pleuvait fort sur la grand-route, 
Ell’ cheminait sans parapluie, 
J'en avait un, volé, sans doute, 
Le matin même à un ami ; 
Courant alors à sa rescousse, 
Je lui propose un peu d'abri. 
En séchant l'eau de sa frimousse, 
D'un air très doux ell’ m'a dit « oui ». 

Un p’tit coin d’ parapluie, 
Contre un coin d’ paradis. 
Elle avait quelque chos’ d'un ange, 
Un p’tit coin d’ paradis, 
Contre un coin d’ parapluie. 
Je n’ perdais pas au chang’, pardi ! 

Chemin faisant, que ce fut tendre 
D'ouïr à deux le chant joli 
Que l'eau du ciel faisait entendre 
Sur le toit de mon parapluie ! 
J'aurais voulu comme au déluge, 
Voir sans arrêt tomber la pluie, 
Pour la garder sous mon refuge, 
Quarante jours, quarante nuits. 

Les meilleures choses ayant, trop vite, une fin, il arrive que la belle "Après m'avoir dit grand merci.. part[e] gaiement vers mon oubli…", mais, quitte à nous faire une Saint Valentin pluvieuse, Monsieur Doodle de chez Google aurait pu mettre nos amoureux sous le même toit. Les temps modernes sont sans illusion et il devient dur d'imaginer un couple autrement que comme l'addition de deux "ego", prêts et parés pour la séparation au plus court : chacun peut repartir sous l'ondée sans dommage ,puisqu'il a son propre abri. Ma vision du couple a sans doute du plomb dans l'aile, et je n'en suis que plus étonnée de l'importance que l'on donne aux fioritures obligées d'une fête qui, de mon temps encore, n'existait pas*. Il est sans doute nécessaire d'habiller des plumes d'un erzatz d'éternité des relations dont on sait - dont on veut - qu'elles ne seront que passagères. On chante "amour toujours" pour mieux se séparer dès qu'un nuage se profile ou qu'un désir plus fort montre le bout de son nez. Alors, dans ces temps (modernes, je vous l'assure) d'incertitude et de crise larvée, on a besoin de symboles, d'une couleur affirmée de romantisme et d'un peu de piquant. Les esseulés paniquent et se précipitent** sur les sites de rencontre dès le 12 février pour y trouver l'âme qui viendra, armée de son propre parapluie, partager leur rêve d'amour d'un jour.


Les couples "englués", quant à eux, cèdent aux sirènes du consumérisme qui rassure : bien obligé(e) au risque de passer pour un(e) goujat(e) ! Une belle réussite marketing en vérité qui remplit les restaurants, réservés une semaine à l'avance, vide les vases de fleuristes, bariole toutes les vitrines de cœurs, rouges de préférence, et d'anges extatiques... proposant tout et n'importe quoi pour que la journée soit marquée par un cadeau. Vous avez remarqué, comme moi, que le label valentinien se décline à toutes les sauces, chaque produit, orné d'un cœur, pouvant "faire l'affaire". Le plus lucratif cette année étant, bien sûr, le film issu du "porno pour maman" *** dont les producteurs se promettent de belles retombées, grâce à une campagne judicieusement orchestrée. Il n'y avait au monde que mon Alter qui n'en avait pas entendu parler et qui a pris, hier soir, un air totalement déconcerté quand je lui ai parlé du phénomène commercial et du matraquage médiatique qu'il a entraîné ces jours-ci.
Et les autres, me direz-vous ? Certains, il faut bien exister, forment de ligues "anti", envoient des cartes protestataires, proposent des idées de cadeaux affirmant leur opposition et clament haut et fort (continuons en chansons) :

...Tout l'alcool que j'ai pris ce soir 
Afin d'y puisser le courage 
De t'avouer que j'en ai marr' 
De toi et de tes commerages 
De ton corps qui me laisse sage 
Et qui m'enlève tout espoir. 

J'en ai assez faut bien qu'j'te l'dise 
Tu m'exaspèr's, tu m'tyrannises 
Je subis ton sal'caractèr' 
Sans oser dir'que t'exagèr's 
Oui t'exagèr's, tu l'sais maint'nant 
Parfois je voudrais t'étrangler 
Dieu que t'as changé en cinq ans 
Tu t'laisses aller, tu t'laisses aller 

Ah! tu es belle à regarder 
Tes bas tombant sur tes chaussures 
Et ton vieux peignoir mal fermé 
Et tes bigoudis qu'elle allure 
Je me demande chaque jour 
Comment as-tu fait pour me plaire 
Comment ai'j pu te faire la cour 
Et t’aliéner ma vie entière 
Comm'ça tu ressembles à ta mère


Et, puisqu'il faut tout de même transformer l'essai commercial, vous trouverez le livre qui va avec cette phobie du rose fushia, et vous fera, vous promet-on, passer un bon moment de détente. D'autres s'apprêtent à passer une soirée sans médias pour éviter de se faire saper le moral au motif qu'ils n'ont pas de compagne(on) et que la solitude se supporte mieux quand on n'y pense pas trop.
Quant aux gens qui s'aiment, depuis longtemps et qui ont envie que ça dure, ils se sont dit, ce matin, comme tous les matins, que la vie était belle auprès de l'être aimé, ils ont échangé, comme chaque jour, quelque sourire, quelque tendresse un peu surannée, ils se sont frotté le nez ou  caressé le museau... en un mot, ils ont pratiqué, sans rien changer, leurs petits rituels amoureux et câlins. Pas question de changer quoi que ce soit parce qu'on nous cerne avec des campagnes de pubs bien ou mal orchestrées. Et je crois que,  ne connaissant personne s'appelant Valentin, ils n'ont rien à fêter de particulier aujourd'hui : c'est, heureusement, un jour comme les autres ! Plein de tendresse.


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* même si on nous affirme que la fête est d'origine antique : "le 14 février avait lieu le festival de Lupercus, ce dieu de la fertilité représenté couvert de poils de chèvre. Ce jour là, les prêtres sacrifiaient des chèvres au dieu et, après avoir bu du vin (beaucoup de vin), ils couraient nus ou presque dans les rues de Rome, des morceaux de peau de chèvre à la main avec lesquels ils touchaient les passants. Et que faisaient les passants à votre avis, surtout les jeunes filles ? Ils s’approchaient d'eux, car être touché par un prêtre à moitié nu était censé rendre fertile et faciliter l’accouchement. "
** nous dit-on encore : " En tout cas il est sûr que les célibataires mettent toutes les chances de leur côté pour être accompagnés ou passer un moment agréable le soir de la Saint Valentin. Sur CasualDating.fr, on observe chaque année une croissance d'activité dès le 12 février", confie encore Aude Creveau. Augmentation des inscriptions, volume de messages échangés entre les membres, changement de photos de profils... les hommes comme les femmes s'affolent : "N'avez-vous pas remarqué ces pubs pour Meetic.fr partout en ce moment ? s'interroge notre psy. Ce n'est pas fortuit…"

CasualDating qui, au passage, table aussi sur la pluie en cette mi-février pleine de frimas !!

*** vendu quant à lui à plus de 50 millions d'exemplaires et qui va forcément bénéficier de la sortie en salle pour une regain d'intérêt, d'autant que l'affaire est telle juteuse que les auteurs, malins, ont déjà sorti deux suites : Cinquante nuances plus sombres (Fifty Shades Darker) et Cinquante nuances plus claires (Fifty Shades Freed). On ne change pas une éuiqpe qui gagne n'est-ce pas ??
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