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samedi 6 juin 2015

Jeudis Musicaux en Pays Royannais, 27e édition

Eglise de La tremblade

J'y vais, comme chaque année, de ma petite promotion du merveilleux festival qui égaye et enrichit notre été : Jeudis Musicaux en pays Royannais. Il a été lancé jeudi 4 juin à Saint Georges de Didonne, avec un nom qui attire et draine les foules, au point d'en avoir prévu une réplique le lendemain à La Tremblade : Nemanja Radulovic et l'ensemble Les trilles du diable. Et cette année, nous pouvons profiter non seulement du concert mais aussi du charmant pot organisé par le comité des fêtes de chaque commune (34 communes de la communauté d'agglomération de Royan participent ... et nous pourrions attribuer des étoiles à ces pots !) car Alter ne travaille plus le lendemain.
Mais revenons à ce premier concert.


Au programme - forcément dans ce type de manifestations qui se veut pour le concert d'ouverture, très "large public" - un pot-pourri un peu "mimi bazar", mais qui a le mérite de ne pas lasser les amateurs non habitués de la "grande musique" :  Kreisler - Mozart - Bach - Bizet - Paganini - Bériot - Williams - Kusturica - Monti. Et quelques bis de même acabit.
Au violon, le jeune serbe de 30 ans qui "déchire" les écrans depuis qu'il été consacré “Révélation internationale de l’année” lors des Victoires de la Musique de 2005, et nommé “Rising Star” en 2006-2007. Il faut dire qu'il peaufine soigneusement son look rockeur et que ça plait : jeans moulants, bottes de moto et cheveux en pétard, Nemanja Radulovic introduit dans l'ambiance supposée compassée de la musique classique, une petite dose de provocation qui enchante les papis et les mamies. Mais au-delà de l'anecdote, ce garçon, furieusement doué et très généreux, propose un jeu plein d'émotion. Son archet et ses mains sont à la fois pleins d'énergie et de virtuosité, mais aussi, quand il le faut, de finesse et de retenue.
Son ensemble, Les Trilles du Diable, tire son nom de la Sonate pour violon en sol mineur, composée par Giuseppe Tartini (1692–1770) et toujours réputée comme étant un des plus difficiles morceaux pour l'instrument. Nemanja Radulovic, le Quatuor Illico et Boban Stošić se sont rencontrés autour de l'idée d’offrir au public le plus large, le plaisir qu’ils ont à vivre et à partager la musique. Cela forme une sorte de mini orchestre avec soliste (pas un sextuor) qui est très efficace. Et, pas de doute, ils jouent avec une joie qui fait plaisir à voir : on pourrait leur décerner sans hésitation le prix de l'ensemble le plus souriant et le public, pas forcément mélomane, en redemande. Cela rassure, cette attitude décontractée face à la partition.


Mais au-delà de ces bonnes intentions et de la gentillesse évidente de Nemanja et de ses acolytes, il y a un peu de fausse-monnaie dans tout cela. Qu'ils jouent Paganini ou des musiques de film, OK, pas de problème (sans pour autant prétendre qu'il y faut une telle virtuosité : Paganini c'est difficile quand le violon joue en soliste, pas quand il partage la partition avec d'autres cordes !!)... mais qu'ils s'attaquent à Mozart ou à Bach, sans le moindre respect pour la partition, venant de musiciens "blanchis sous le harnais", c'est une imposture qui n'est pas digne d'eux, ni du public qui, malgré ces "facilités", s'ennuie. On va me dire que c'est pour la bonne cause, qu'il s'agit d'essayer d'amener les auditeurs à "supporter" Mozart ou Bach... Allons donc !! ces compositeurs ont écrit de suffisamment belles pages pour n'avoir pas besoin d'adaptations mal harmonisées pour plaire. Et une telle approximation venant d'un musicien du talent de Radulovic, c'est une mystification et un gâchis. On comprend très bien ce qui lui arrive : célèbre trop tôt, trop vite, il a envie de s'amuser, de profiter de ce succès que son joli minois lui assure à coup sûr ; et il apporte un petit vent de folie qui fait frémir les braves gens !!


Ceci étant, je ne vais pas nous gâcher la fête : et si c'est le prix à payer pour avoir la chance - inouïe dans nos contrées reculées - d'entendre le Quatuor Hermès (le 25 juin à Arces-sur-Gironde), Jacques Pernoo (le 2 juillet à Corme-Ecluse : en voilà un justement qui fait de la "vulgarisation" de qualité avec son école des mélomanes), le Quatuor Arod (le 9 juillet au Chay), Jean-Frédéric Neuburger (le 16 juillet à Arvert), le Quatuor Danel (le 6 août à Mornac-sur-Seudre), Éric Le Sage et le Fine Arts Quartet (le 13 août à Chaillevette et à Saint-Palais-sur-mer), David Bismuth (le 10 septembre à L'Éguille-sur-Seudre) ... Jordi Savall (le 24 septembre en concert de clôture)... et bien  d'autres... pas de problème, ce prix on le paie allègrement, et sans se plaindre.


Le public était tellement heureux que cela faisait plaisir à voir, et on ne va pas être bégueules. On savait ce qui nous attendait et on a quand même eu envie d'en être ! Ne serait-ce que pour fêter l'ouverture de ce festival hors normes (4 mois de musique de très haute qualité dans des villages dont certains n'ont que 315 habitants (Floirac), 235 (Brie-sous-Mortagne) ou même seulement 103 (Talmont-sur-Gironde) : admirez la constance, l'engagement et la générosité du directeur artistique du festival, Yann Le Calvet, à qui on ne dira jamais assez merci pour ce merveilleux été en musique !

Programme du mois de juin :

Jeudi 11 juin 21h : Vaux-sur-Mer Eglise Saint-Etienne
Quatuor A'Dam Olivier RAULT, ténor Louis-Pierre PATRON et Pierre BOUDEVILLE, barytons Julien GUILLOTON, basse Desprez - Passereau - Saint-Saëns - Poulenc - Schumann - Schubert ... - Negro spirituals et anglais

Jeudi 11 juin 21h : Barzan Eglise Saint-Pierre
Duo violoncelle / piano Marc COPPEY / Aurélien PONTIER
Boccherini - Weber - Popper - Dvorak - Chopin - Saint-Saëns - Fauré - Debussy - Ravel - Martinu

Jeudi 18 juin 21h : Breuillet Eglise Saint-Vivien
Récital piano Claire DESERT 
Beethoven - Chopin - Schumann - Schumann/Liszt - Verdi/Liszt

Jeudi 18 juin 21h : Talmont-sur-Gironde Eglise Sainte-Radegonde
Caravan Quartet Sébastien GINIAUX et Robert ENSINA, guitares Mathias LEVY, violon Olivier LORANG, contrebasse
Jazz manouche et créations

Jeudi 25 juin 21h : Saint-Sulpice-de-Royan Eglise Saint-Sulpice
A deux violes esgales Sylvia ABRAMOVICZ et Jonathan DUNFORD, violes de gambe
Marais - Charpentier - Lully - Monsieur de Sainte Colombe

Jeudi 25 juin 21h : Arces-sur-Gironde Eglise Saint-Martin
Quatuor Hermès Omer BOUCHEZ et Elise LIU, violons Yung-Hsin CHANG, alto Anthony KONDO, violoncelle
Mozart - Schubert - Janacek

Pour la suite du programme voir le site

vendredi 15 mai 2015

Quatuors à Bordeaux



Qui a dit que je répète ?? Bon, je vous l'accorde tous les ans au mois de mai, ou à peu près, vous avez droit au même enthousiasme et à la même emphase : notre passion pour le quatuor à cordes ne cessant de d'affirmer, vous n'y couperez pas cette année !


Et ce d'autant moins que le directeur du festival Quatuors à Bordeaux qui a lieu en alternance avec le Concours homonyme nous a fort judicieusement demandé d'en parler : bon, certes, mon blog n'est pas une vitrine de grande ampleur, mais j'ai sauté sur le prétexte !!! D'autant que je me désole assez de la discrétion du genre "musique de chambre" pour ne pas tenter d'en promouvoir l'image. Vous le voyez sur la photo de la salle prise lors d'un des concerts donnés en fin d'après-midi dans l'admirable salle capitulaire de la cour Mably, le public bordelais suit ... en masse et c'est la bonne nouvelle pour la survie de ce genre de manifestation, précieuse et de qualité.


La salle était comble et nombre de personnes sont restées debout ou ont dû s’asseoir par terre pour écouter les deux formations de ce formidable moment : le quatuor Mettis, des lituaniens prometteurs et surtout le quatuor Van Kuijk qui est, est-ce possible, encore en progrès par rapport à Londres. Voyez comme ils sont souriants et heureux de jouer : je vous assure que cela s'entend quand ils sont en concert !! Bon, certains vont dire qu'on joue au fan-club des inconditionnels. Ce qui n'empêche que vous devez absolument noter le nom de ce jeune quatuor dans vos tablettes : d'ici quelques années, ils seront incontournables et l'on se battra pour aller les entendre. Si leur formation reste aussi lumineuse, soudée dans la volonté de bien faire, complice et efficace, exigeante et "intelligente", c'est à dire ouverte et ambitieuse pour les partitions qu'ils interprètent, ce sont les Modigliani de demain. Et oui, déjà... messieurs de Modigliani : la relève pointe son nez !!! Et le public bordelais ne s'y est pas trompé, qui les a ovationnés.


Car le Festival "entre concours" accueille 5 jeunes groupes qui assistent à des masters classes dont le "maître" est l'altiste Miguel da Silva : un pédagogue hors pair, dont nous avions déjà apprécié les qualités humaines et musicales lors du Festival de Fayence... un amoureux de la note parfaite, du travail sans relâche, un exigeant qui valorise toujours les jeunes avant de leur dispenser ses conseils. C'était l'année où nous avions entendu l'intégrale Beethoven peu avant la séparation de sa formation : le quatuor Ysaÿe qui  nous si souvent envoûtés.
Entendre une classe de maître, c'est avoir un peu l'impression d'écouter moins idiot... si vous saviez le temps qu'il faut pour peaufiner quelques mesures, pour donner la couleur, l'accent, le son, le rythme appropriés !! Si vous saviez aussi la qualité technique, l'attention et la volonté de progresser de ces jeunes quatuors qu'il chapeaute et conseille avec gentillesse, humour mais, toujours, de façon ferme et sans concession.


Pourtant quel plaisir pour lui de passer de l'autre côté de l'estrade ! Enfin reprendre son alto et jouer en quintette ou en sextuor : il en trépignait de joie ! Quelle chance pour ces jeunes de  jouer avec un tel professionnel ... Et pour nous, tous ces instants sont rares et passionnants : pas étonnant que cette manifestation ait du succès, elle le mérite et on a envie que le public soit de plus en plus nombreux pour permettre à ces festivals de continuer longtemps. Même s'il faut un peu se serrer pour rentrer tous dans la salle capitulaire.


La semaine se termine demain par le concert de clôture, qui réunit à l'auditorium toutes les jeunes formations ainsi que leur professeur, pour un concert d'envergure qui est une vraie fête du quatuor.
Et l'on se quittera un peu tristes mais tellement impatients d'atteindre le printemps prochain où le concours a lieu ... à Bordeaux : du 2 au 7 mai 2016.... qu'on se le dise ! 

jeudi 2 octobre 2014

C'ÉTAIT LE DERNIER JEUDI ...

La superbe photo du concert de Saujon n'est pas de moi (pas le droit de monter à la tribune !! et surtout pas envie de troubler le concert ...) mais du journal Sud-Ouest

Après une belle période de béatitude musicale - 4 longs mois de concerts hebdomadaires (voire bi-hebdomadaires) - la fête est finie et les Jeudis Musicaux ont plié boutique jusqu'en juin 2015. Cela fait tout drôle d'être jeudi et de ne pas être en train de faire la queue devant une de nos églises saintongeaise, coussin à la main pour affronter les bancs inconfortables et patience inaltérée pour obtenir un billet à 12 euros (1), sésame indispensable pour profiter des talents offerts à notre écoute. Le dernier concert, il y a 8 jours, nous a permis d'entendre, dans un récital Schubert-Liszt, Bertrand Chamayou dont nous sommes, Pétignac oblige, des fans (presque) inconditionnels. Ce programme, nous l'avions déjà entendu il y a à peine plus d'un an, dans le cadre du Festival de Saintes, et, pudiquement, j'avais préféré ne pas m'en faire l'écho, n'aimant pas trop exprimer ici des réticences qui, la toile est faite ainsi, laissent des traces souvent trop durables. Ce qui est admirable c'est que Bertrand, à qui nous disions après le concert l'avoir entendu à Saintes, sans oser aller plus loin qu'un pudique " le concert de ce soir était parfait", nous avoua avec la modestie qui le caractérise qu'il n'avait pas alors assez les morceaux "dans la peau", et qu'il n'était sûrement pas au mieux de sa forme pianistique. Quelle belle leçon d'humilité de la part d'un très grand artiste qui a travaillé un an, et qui sait qu'il s'est ainsi approprié ces œuvres qu'il joue maintenant avec une finesse d'interprétation, une audace et une sensibilité qui leur rendent toute leur lisibilité. Quelle belle persévérance aussi de jouer et rejouer jusqu'à atteindre une perfection, un côté "achevé" qui s'entend et se partage comme une véritable offrande musicale.

Toujurs grâce au  journal Sud-Ouest, la photo de congratulation de fin de Festival où l'on nous a promis que la communauté d'agglomérations Royan Atlantique continuera à financer le superbe travail de Yann le Calvet (à droite) : merci aux élus !!

Les Jeudis Musicaux ont donc pris leurs quartiers d'hiver et il nous faut attendre 8 mois pour retrouver ces concerts pleins de charme et d'une qualité sans cesse plus aboutie... et vivre à plein (nous faisons très attention aux dates de nos escapades durant l'été afin d'en rater le moins possible) ce qui est sans doute un des, si ce n'est LE plus long Festival de France !! Une très belle démocratisation de la musique dite "classique", offerte pour un prix très doux à tous, créant dans les "campagnes" un vrai attachement à ces manifestations qui sont, souvent, le seul concert de l'année dans de petits villages perdus. Qu'on imagine : 34 communes, de Royan, la "ville" aux plus petits endroits, comme Floirac, 321 habitants... et, chaque fois, une église pleine ! Des mélomanes, bien sûr, mais en juin et en septembre, nettement moins de touristes, des fidèles et, "pour de vrai", les habitants du village. Cela dure depuis 26 ans et les gens ont pris l'habitude de venir, plus du tout rebutés par l'aspect "classique" de la musique qui s'offre à eux. Accueillis comme de vieux amis par l'incomparable directeur artistique (bénévole) du Festival, Yann Le Calvet, qui fait là oeuvre de vulgarisation au sens noble du terme, chacun se sent chez soi dans ces concerts. Les oeuvres sont toujours présentées avec générosité par les artistes. Et le pot qui suit permet de parler en toute décontraction avec eux, offrant à tous une vraie familiarisation avec la pratique musicale. Un beau boulot qui mérite, une fois de plus, d'être salué !


Il me venait, ce matin, une interrogation, voire un agacement, en entendant parler un quelconque journaliste sans doute bien intentionné mais têtu, de "spectacle vivant". Il décrivait une initiative "culturelle" d'un genre un peu mineur, théâtre de rue et saynètes improvisées, et il en avait plein la bouche de son "spectacle vivant". Et moi de me demander si les spectacles auxquels nous assistions toute l'année, du Festival des Jeudis Musicaux au théâtre avignonnais en passant par d'autres concerts ou pièces, était du "spectacle mort". Il m'est donc advenu une curiosité légitime : mais qu'est-ce donc que ce "spectacle vivant" pour qu'on lui tresse de telles louanges et qu'on l'appelle ainsi, n'hésitant pas à jeter une suspicion de sclérose et d’encroûtement sur les autres formes d'expression. Wikipédia, à l'aide !!
"Le spectacle vivant se caractérise par la coprésence d'actants (ceux qui donnent à voir et à entendre) et d'un public (ceux qui ont accepté de voir et d'entendre)."
Misère, on commence bien avec un tel verbiage !! Continuons ...
"Il éveille un sentiment chez le spectateur : tragédie, mélancolie, joie, anxiété,... En cela, le spectacle vivant désigne de nombreux modes d'expression artistique : le théâtre, la danse, les arts du cirque, les arts de la rue, les arts de la marionnette, l'opéra et la musique live. On parle aussi d'arts du spectacle mais cette expression peut également englober le cinéma dans certaines acceptions, notamment dans les cursus universitaires adoptant cet intitulé."
Malheur, les cursus universitaires maintenant, et les vieilles badernes de mandarins qui parfois y sévissent !! Passons... Forte de ce viatique, qui ne m'a pas appris grand chose au passage, j'ai continué ma quête : pour apprendre plus loin que les derniers budgets de la Culture étaient, vous le saviez, en baisse (d'environ 4 ou 5%) "malgré une sanctuarisation du spectacle vivant". Mazette !! Quel tour de force, sauf à déclarer que la Culture, avec un grand C et le susdit spectacle, ce n'est pas la même chose. Ah bon, mais alors ce n'est guère flatteur pour lui ! Déclaration du candidat Hollande en 2012 « La Culture fait partie du patrimoine et de notre projet » martelait le futur président de la République, en insistant sur les efforts particuliers qui seraient consentis en 2012 pour le spectacle vivant même en cette période de crise. Bon, c'est donc particulier le spectacle vivant, et cela doit être protégé, sanctuarisé (oh le vilain mot en l'espèce), défendu ... contre ... contre qui justement ?? Contre le spectacle mort ? Celui qui n'est "que" culture ? Voyons, ce n'est pas sérieux tout cela, et les baisses drastiques de toutes les subventions aux divers festivals estivaux prouvent qu'on mélange un peu les notions et les genres.

Est-il assez "spectaculaire" l'éclairage du choeur de l'église pour avoir droit au qualificatif "vivant" ???

Bon, je l'avoue, je fais la bête pour avoir du foin, mais Larousse me précise que "l’appellation «spectacle vivant» désigne un spectacle qui se déroule en direct devant un public, par opposition aux créations artistiques de l’audiovisuel issues notamment du cinéma, de la télévision ou d’Internet. Elle s’applique majoritairement au théâtre (en salle ou dans l’espace urbain), à l’opéra, à la danse, au cirque et au cabaret. Elle peut être aussi employée pour désigner les diverses formes de musique (classique, contemporaine, variétés, jazz, rock, etc.). Cependant, il s’agit là d’un élargissement de la notion, car le concert de musique, mis à part quand il se déroule avec des effets spectaculaires, ne relève pas exactement de la représentation." Où l'on apprend que la musique est proprement bannie du concept car pas assez "spectaculaire". Ben voyons, allez dire cela au jeune Edgar Moreau quand il se donne à entendre après une jeunesse passée à décliner ses trilles, à Bertrand Chamayou qui a peaufiné amoureusement son Schubert pendant plus d'un an pour nous le servir à point, au quatuor Modigliani qui s'évertue à distiller la musique comme un récit parfait ... et à tous ceux Yann avait invités cet été. Pas vivants les mecs, bons pour le cimetière ! Il y a des moments où les manies langagières de notre époque bégueule et bourrée d'a priori, me porte sur le système !! Et j'aimerais bien que les élus de tous poils entendent que ce n'est pas en subventionnant tout ce qui bouge (2) au détriment de formes artistiques jugées trop "conventionnelles" qu'ils aideront à une vraie démocratisation de la culture. Tous les Festivals de Musique Classique ont vu leurs aides dramatiquement ratiboisées, alors que la grande majorité enregistrent une magnifique fidélité, voire un sérieux accroissement de leurs publics. Alors, cherchez l'erreur !!

Allez, une dernière pour la route, bleue celle-ci !!

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(1) avec une entrée offerte toutes les 6 entrées, cela ramène le prix de la place à ... 10€ (5 x 12€ = 60 € les 6 places)
(2) Je cite : "Le corps est au centre des arts du spectacle vivant ; Il est un moyen d’expression pour les artistes et un moyen de réception pour les spectateurs." 
Je cite encore "Les artistes se jouent de leur image pour entrer dans la peau d’un personnage, pour interpréter une oeuvre artistique. Un danseur qui danse nu par exemple ne fait pas qu’exposer son corps aux regards, il incarne un personnage et interprète une oeuvre en public. Dans le spectacle vivant, les artistes constituent pour eux-mêmes leur premier outil de travail ... Ainsi l’expression corporelle leur permet d’exposer artistiquement leurs mondes intérieurs."

jeudi 28 août 2014

EDGAR MOREAU : JEUNE ET SI PROMETTEUR


Il a grandi depuis cet époque où Autour du Puits nous parlait déjà de lui, mais il reste un jeune prodige, comme aiment à l'annoncer les journaleux de service, dépêchés aux concerts, pour y pondre quelqu’article de bon aloi. Cela ne se laisse pas passer, ne serait-ce que pour vous dire fièrement dans quelques années "vous en souvient- il ? j'y étais ! " . Mais non, je plaisante ... il s'agit seulement de vous parler d'un jeune violoncelliste plus que prometteur, et qui, si sa carrière est bien conduite, devrait compter parmi les plus grands dans les décennies à venir. Vous le connaissez peut-être, car la bienheureuse manifestation des Victoires de la Musique Classique l'a déjà mis sur le devant de la scène. Bienheureuse, dis-je, malgré mon aversion dûment répertoriée pour la chose télévisuelle, car il faut bien avouer que sans passage à l'étrange lucarne, les plus talentueux restent de pauvres inconnus. Et s'il faut en passer par là pour promouvoir les talents, passons allègrement.


Donc Edgar Moreau, que nous avons entendu, excusez du peu, dans 4 concerts, me semble idéalement devoir devenir un grand violoncelliste. A peine 20 ans, mais déjà un jeu "habité". Une technique irréprochable, de celles qui permettent d'offrir au public béat ces petits tours de force ''paganiniens"qui, enfin de concert entraînent des acclamations nourries, mais aussi un son rond, chaud, profond ... des attaques impeccables et, surtout, un sens très aigu de la partition... tous les ingrédients sont là pour assurer à ce tout jeune homme un avenir brillant. Invité par le quatuor Modigliani dans le cadre d'une"carte blanche" des Jeudis Musicaux royannais, il nous a d'abord offert un concert en soliste, Bach, Crumb et Ligeti. Plus tard, dûment "couvé" du regard par les quartettistes attentifs, il a interprété avec maestria le quintette avec violoncelle de Schubert. Puis, c'est dans le cadre du Festival du Périgord Noir, que nous l'avons retrouvé pour une carte blanche, deux jours plus tard, à Saint Léon sur Vézère. D'abord en duo, avec le très talentueux Pierre-Yves Hodique au piano, pour des oeuvres de Brahms, Chopin, Beethoven et Paganini. Et le soir, en quatuor avec sa petite soeur, Raphaelle, un peu tendue - mais elle a encore un an de moins que lui - et avec Adrien La Marca  à l'alto et l'excellent David Kadouch au piano. Au programme des œuvres de Mozart, Schumann et Tanguy.


Pour en revenir à notre "héros" du jour, je vous assure qu'il a un potentiel étonnant ce minot ! Car non content de manier l'archet avec une virtuosité rarement prise en défaut, il a une "vraie" sensibilité. Edgar Moreau est aussi pianiste, il a même décroché des prix d'interprétation à cet instrument, et ceci explique peut-être son approche particulièrement fine des œuvres. Immergé dans la partition, il fait preuve d'une maturité et d'une autorité qui "habillent" ses interprétations d'une présence idéale.
L'ampleur et l'élégance de son jeu doivent aussi, il ne faut pas le nier, au merveilleux instrument qu'il a la chance de posséder : un David Tecchler de 1711 qui, chose rare, lui appartient ou du moins appartient à sa famille. Le père d'Edgar étant antiquaire, il a eu l'occasion d'acheter et de faire restaurer cette pièce rare du luthier autrichien, qui après avoir vécu à Salzbourg, travailla aussi à Venise et à Rome où il se rendit célèbre pour ses violoncelles remarquables. Peu d'instrumentistes ont la chance, surtout à 20 ans (en fait il le joue depuis le concours Rostropovitch gagné en 2009), d'avoir une pareille merveille.


Un drôle de phénomène que de voir cet enfant tenir sous le charme une assemblée de mélomanes chenus, un peu "revenus" de tout et ayant, souvent, entendu tous les disques, comme d'autres ont, en leur temps, lu tous les livres. Il vous prend, à écouter ainsi ces tout jeunes artistes, des états d'âme sur la vie que mènent ces enfants surdoués. Pas forcément privés de jeunesse mais pour le moins soumis à une discipline de fer, des heures de gammes et de travail ingrat et répétitif, la pression permanente des concours, le stress impitoyable de la compétition; les attentes exigeantes de l'entourage... tout cela pour exercer un métier ingrat, courir de pays en sous préfecture, logeant de-ci, de-là, supportant des publics divers, pas toujours très attentifs, plus ou moins mélomanes et n'appréciant pas forcément à sa juste valeur l'étendue de votre talent. Quel mérite alors de donner, comme le fit Edgar Moreau tant à Royan qu'à Saint Léon, le meilleur de soi-même... Jugez-en en écoutant l'émission de France Musique le concert de midi : écoutez cet archet, puissant, précis et tellement convaincant ! Un vrai plaisir... Pourvu que sa carrière soit bien menée, pourvu qu'il soit porté par un entourage aimant et attentif pour affronter cette vie difficile de soliste ou de chambriste (un sacerdoce parfois !!), pourvu qu'il soit encore longtemps jeune, généreux et heureux de jouer pour nous.





Et pour en terminer avec Saint Léon, notre autre coup de cœur a été pour le tout nouveau trio "Les Esprits", créé en 2012 par Adam Laloum avec la violoniste Mi-sa Yang et le violoncelliste Victor Julien-Laferrière. Ayant une prédilection marquée pour le pianiste (que nous allons écouter vendredi prochain à Fontaine d'Ozillac), je vous avoue que j'attendais avec impatience ce concert. Non seulement mes attentes n'ont pas été déçues, mais j'ai été proprement enthousiasmée, prête à courir aux quatre coins du pays pour les entendre : une complicité sans égale, trois talents de haute volée qui jouent avec beaucoup d'humilité, chacun ayant à cœur de mettre les autres en valeur, et surtout un engagement rare et une sensibilité proprement idéale. Tout cela malgré un accord proprement calamiteux du piano (qu'Adam Laloum a subi avec une incroyable gentillesse : il a juste désiré reprendre en bis le mouvement complètement gâché du Mozart afin de ne pas nous laisser avec une mauvais impression !!), je suis certaine que si Gérard avait commis une pareille ineptie, il se serait fait hara-kiri dans l'heure ! Vatel s'est suicidé pour moins que cela. A suivre de très près ce trio !! Sublime...

lundi 25 août 2014

FESTIVAL DES JARDINS DE WILLIAM CHRISTIE 3ème


En réalité pour nous ce n'était que la seconde édition, mais nous commençons à nous sentir comme des habitués. Habitués de William Christie, cela c'est une antienne que je vous ai déjà chantée cent fois : Christie que nous avons connu tout jeune, à Saintes, au tout début de sa carrière... et dont le talent est toujours plus sûr, même s'il a pris, comme nous, quelques ans et quelques rides. Habitués de ses jardins que nous avons découverts avec bonheur un jour de juin 2001 à l'occasion d'un Festival des Jardins, et que nous revoyons avec d'autant plus de plaisir chaque année qu'ils ne cessent de s'embellir. Habitués maintenant de "leur" Festival que nous avions fort apprécié l'an dernier et pour lequel nous n'avions qu'une envie : y retourner. C'est chose faite et comme cette année nous avons "fait l'ouverture", il me faut en parler bien vite pour les heureux mortels qui, se posant la question, auraient la velléité d'y aller à leur tour durant les prochains jours : qu'ils n'hésitent pas, l'édition 2014 est aussi magique que les précédentes.



On retrouve à Thiré, intact, le même bonheur de courir dans les bosquets pour y entendre les musiciens des Arts Florissants (avec William Chistie lui-même ou son fidèle Bryan Feehan, le théorbe "historique" du groupe, ou encore le superbe ténor Paul Agnew) ou des Arts Flo junior, les solistes du Jardin des Voix de l'année ou des années antérieures (Reinoud Van Mechelen, soliste 2011, Elodie Fonnard, 2011 elle aussi, Sean Clayton, soliste 2009 et tant d'autres) ou les musiciens de la Julliard School, qui nous enchantent avec un répertoire toujours inventif et toujours soigneusement adapté au cadre champêtre.


Un joyeux pêle-mêle où l'on croise Michel Lambert (1610-1696), maître de chant et compositeur fort apprécié à la cour de Louis XIV et dont la fille épousera Lully, Sébastien Le Camus (1610-1677), moins connu mais pourtant violoniste, théorbiste et compositeur, surintendant de la musique de la reine Marie-Thérèse et auteur de fort agréables mélodies, on y entend quelques airs des Indes Galantes, des trios de Boislambert, une sonate de Vivaldi et cent autres merveilles, chaque jour renouvelées. Cela se passe, les noms à eux seuls sont promesses d'évasion, au Théâtre de Verdure, au Jardin Rouge, au Mur des Cyclopes, au Jardin Chinois ou encore dans le petit cloître reconstitué à côté du Logis de Thiré. Le vent chante dans les peupliers, les oiseaux accompagnent les flûtes traversières et le zéphyr n'est pas que dans les paroles sucrées qu'égrènent les chanteurs. Ces promenades musicales sont délicieuses, un peu magiques et très rares : des moments qu'il faut savourer doucement, sans arrière-pensée, en se livrant sans contrainte à la magie des ces airs de cour ou de ces canons de taverne qui sont d'un autre temps, mais pourtant si proches de notre sensibilité.


Enfin, le soir, après une pause repas qu'on peut prendre dans la Pépinière ou d'un pique-nique qu'on peut concevoir délicat, au diapason - comme le fut le nôtre avec un foie importé en ligne directe du Périgord, un Montbazillac à damner un évêque et un cake au citron d'anthologie (reconnaissez-là la griffe de notre ami blogueur 100% fin gourmet) - c'est le spectacle sur le miroir d'eau. Un petit lac qui se la joue Versailles en miniature, et offre au concert un décor de conte de fées, tout à fait à propos. Lors du premier week-end, dont nous étions, c'était "Rameau maître à danser" (il fallait bien célébrer dignement le 250e anniversaire de la mort du musicien (1683-1764)) : un pur divertissement composé de deux pièces aussi inédites l'une que l'autre.
La pastorale héroïque Daphnis et Eglé, créée pour égayer les parties de chasse de la cour ne fut, semble-t-il, jamais jouée car la reine s'en offusqua et l'interdit après en avoir vu la générale. L'argument, en un acte, est des plus simples, mais, pour une épouse trompée, des plus énervant : Daphnis et Églé, persuadés de s'aimer d'amitié, partent joyeusement vers le Temple de l'Amitié pour échanger des serments. Or quelle n'est pas leur surprise et leur déception que de se voir refouler par le grand prêtre furibard, tonnerre et éclairs à l'appui, qui leur reproche de ne point s'aimer comme il le faut pour entrer en ces lieux. Après s'être accusés mutuellement de trahison, ils finissent par comprendre, aidés en cela par l'intervention d'un angelot armé d'un arc, que le sentiment qui les lie est amoureux et doit être célébré dans le temple de Cupidon. L'allusion implicite à la liaison entre Louis XV et Madame de Pompadour déplut fort, on l'imagine, à la reine qui sans doute, obtint qu'on remise cette partition au plus profond des placards versaillais.
La deuxième pièce interprétée lors du premier week-end était aussi légère : il s'agissait d'un ballet chanté, commandé à l'occasion de la naissance du duc de Berry, futur Louis XVI, célébrant quant à lui La Naissance d'Osiris. L'oeuvre, on l'imagine, n'a guère été reprise ensuite, et la mise en scène de Thiré était absolument délicieuse : chanteurs et danseurs, costumés avec goût (dans une gamme de teintes passées mais colorées et fort délicatement déclinées : costumes très réussis d'Alain Blanchot) interprétaient, sous la houlette de Sophie Daneman pour la mise en espace et de Françoise Denieau pour la chorégraphie, une charmante pastorale dont l'argument reste vraiment très secondaire !! Un spectacle plein d'esprit, où tout était soigné dans les détails, jusqu'à la distribution de superbes bouquets à toutes les femmes de la scène, apportés dans une brouette par un jardinier très XVIIIè !!


La semaine prochaine le spectacle du soir sera Actéon de Marc-Antoine Charpentier, précédé de pièces de Luly et de De Lalande, encore prétexte à de joyeux et élégants ballets, le miroir d'eau se prêtant à merveille au "divertissement". Tous les soirs, l'église de Thiré accueille aussi les émouvantes "Méditations de l'Aube à la Nuit", les soirées de semaine sont consacrées à des concerts aux chandelles, l'après-midi parfois, on découvre de jeunes talents (je recommande en particulier le joueur d'archi-luth Thomas Dunford qui a un toucher, une musicalité et une finesse de jeu vraiment sublimes. Enfin, nouveauté de l'année, on peut aussi suivre, après les spectacles du week-end, une toute nouvelle initiative "Dans le silence de jardin" où un conteur vous charme par ses dits captivants, "mis en gestes". Quant à la visite des jardins de nuit, après le concert, elle réserve même à ceux qui connaissent les lieux pour les avoir vus de jour, mille surprises vraiment féeriques.


Au point que, si Dieu nous prête vie, l'an prochain nous resterons un peu plus longtemps pour mieux profiter de tout cela. D'autant que le Festival est, du point de vue financier, une "vraie" démocratisation de la musique : les prix défient ici toute concurrence et une telle débauche musicale, d'une telle qualité pour un tarif aussi doux, c'est carrément généreux !


L'an dernier nous avions profité de notre passage à Thiré pour retourner voir les Jardins de la Court d'Aron. Cette année nous avons découvert un jardin plus discret, plus"naturel" quoique très sophistiqué : celui du logis de Chaligny à Sainte Pexine. Je me suis engagée, nous étions sur une propriété privée, à ne pas diffuser mes clichés, mais vous incite vivement à aller en prendre vous-mêmes en allant visiter ces jardins remarquables et très "à échelle humaine", qui ont été, nous a-t-on raconté, restaurés par l'ancien jardinier de l'Elysée. Jardin d'agrément, potager, fruitiers, nymphée, tout incite à la halte et à la rêverie, même le bois qui s'étend derrière le domaine a été aménagé dans ce goût très "savant" qui mêle naturel et rigueur, à l'anglaise et à la française, pour un résultat vraiment original. Le nec plus ultra étant la possibilité de pique-niquer sous la pergola, une longue tonnelle qui conduit jusqu’au bois, couverte de vignes chargées de grappes sombres, de rosiers éclatants et de clématites lumineuses, où tables et fauteuils offrent la halte déjeuner la plus sympathique qu'on puisse imaginer. Prévoyez un panier repas à la hauteur du séjour, parfumé, léger et gouleyant.

La pergola n'étant pas située dans l'enclos de la propriété mais proche du parking et accessible à tous, je n'ai pu résister à vous donner un avant-goût de cette visite pleine de charme.
Vous aurez un aperçu de ces deux jardins extraordinaires dans la bande annonce de l'émission Des Racines et des Ailes du 4/06/2014... qui nous  valu quelques difficultés au moment de réserver, début juillet : c'était la panique à bord ! Mais qu'on se rassure, "la foule" reste mesurée, à cause des contraintes de jauge (oui, on est en plein air, mais il existe tout de même une jauge, imposée par la taille des lieux de replis prévus en cas de pluie... et s'il fait beau ?? Eh bien, on vend quelques places "beau temps" à la dernière minute, à l'entrée du domaine. Une bonne surprise pour ceux qui n'ont pu avoir des places sur internet.


vendredi 25 juillet 2014

UN JEUNE HOMME POUR L'ÉTÉ


Ceux qui tiennent un blog en ont sans doute fait l'expérience : lorsque, au cours d'une conversation amicale, vos proches, parfois fidèles et indulgents lecteurs de vos élucubrations, pensent à quelque chose d'intéressant, ils vous disent volontiers "Tiens, tu devrais faire un billet là-dessus". Tout comme ils vous suggèrent volontiers photo ou actualité qui leur semble pouvoir donner lieu à quelque nouvel article. Ainsi, l'autre jour, un ami, amusé d'une formule que j'employais à je ne sais plus trop quel sujet, déclara tout de go "Cela ferait un bon titre pour ton blog", et me mit au défi de broder là-dessus. Sortie de son contexte, la phrase, "un jeune homme pour l'été", a un petit côté coquin qui l'amusait fort et la tablée s'est divertie à la perspective du pensum dont il m'avait chargée. Pour autant, je ne me défile pas, et me voici, armée d'une formule improbable et ambiguë, prête à vous servir un brouet estival. 


Un jeune homme pour l'été, dans la bouche (ou plutôt sous la plume) d'une quasi sexagénaire, cela a son petit côté égrillard qui prête à sourire. L'ami en question me voyait sans doute vous régalant de quelques libertinages canailles, développant avec mon sérieux habituel le phénomène cougar, et dissertant sans barguigner sur les Toys Boys, autant dire les lionceaux dont les dames de plus de quarante ans, dit-on, raffolent. Alors forcément je suis allée à la pêche aux renseignements, mais j'avoue que le sujet ne m'affriole guère, n'étant portée ni sur la chair fraîche, ni sur le muscle en tablettes.
Me voici donc contrainte de botter en touche. Et ne pouvant vous distraire en badinant sur les pumas femelles et leurs appétits fripons, je suis dans une impasse et maudis secrètement, en vrac, l'éducation par trop judéo-chrétienne qui me fait tout ignorer des délices polissons d'une libido libérée, ma pruderie atavique qui me tient éloignée des débauches "tendance" et des concupiscences licencieuses et mes valeurs démodées qui me font inutilement croire que la sagesse et la tempérance sont synonymes de vertu. Sauf que ... j'ai un sens très aigu du "ridicule" et quelques complexes bien assumés me tiennent définitivement à l'abri de toute illusion quant aux attraits d'une femme mûre, voire blette, aux yeux d'un éphèbe, fut-il en quête de tendresse, d'expérience, ou simplement nostalgique de giron maternel. 

Quant à l'ami qui m'a lancée sur cette piste délicate sur laquelle je suis joyeusement en train de m'étaler, il doit bien rire en lisant ces lignes : elle n'a rien qui vaille à nous dire, Michelaise, sur "son" jeune homme pour l'été. Sans compter que la susdite déteste la plage, et n'y met jamais les pieds : elle n'a donc rien à dire sur les Apollons balnéaires et autres jolis garçons dont elle pourrait, au moins, apprécier la plastique à défaut de vouloir les séduire.


Où voit-elle de jeunes hommes notre mamie grisonnante, ne fréquentant qu'expositions saturées de têtes argentées, musées où s'égaillent parfois quelques spéciMENS chenus de sa génération, pièces de théâtre envahies d'enseignants en retraite, et concerts dont la moyenne d'âge est telle qu'elle s'y sent, malgré ses soixante balais, toute jeunette ??? Mais au concert justement ! Selon l'étrange phénomène qui veut que la musique classique soit jouée, quasi toujours, par des jeunes pour des vieux - pardon, je ne suis pas adepte de la langue de bois et préfère parler clair - on se délecte souvent, dans les concerts d'une délicieuse alchimie, qui allie le talent à la beauté ! Mais oui... Et voilà Michelaise retombée sur ses pieds : elle va pouvoir, au motif de vous parler du génie musical de quelques nouveaux interprètes prometteurs, vous égrener une charmante galerie de jolies frimousses. Sauvée !! Et pour faire bon poids, je ne parlerai ici que de concerts vus avec cet ami facétieux qui pourra ainsi juger de mon choix - éclectique mais juste, si, si ! - de "jeunes hommes pour l'été".


Pour commencer, le coup de coeur du Festival de Fontdouce : un tout jeune pianiste de 18 ans à peine, Nikolay Khozyainov : il a été repéré au Concours de Dublin par Philippe Cassard, qui l'a immédiatement invité en Charente. Un jeune prodige, certes, mais pas du tout un phénomène de foire : un jeu enthousiasmant, d'une légèreté, d'une jeunesse, d'une délicatesse aériennes. Il nous a joué Chopin comme on ne peut le faire qu'à cet âge-là, avec cette petite note de romantisme et d'inventivité qui donnent à la partition un éclairage juvénile. Il a totalement conquis le public et, pas avare de bis, a terminé son concert par ce que je pense avoir été une improvisation sur l'air de Chérubin, pleine de fouge, parfaitement assortie à son physique d'angelot gracile. Mais il ne faut pas s'en laisser conter par cette jolie tignasse bouclée : ce gamin est doué d'une énergie et d'une efficacité qui lui promettent une longue et belle carrière.


Toujours à Fontdouce, Finghin Collins, un irlandais inspiré, qui vivait sa musique à fond : on a rarement vu derrière un clavier un telle expressivité physique, un tel engagement corporel. Certains chantent en jouant, lui ... il dansait. Il était tour à tour rieur, interrogatif, songeur, extatique et sans cesse prêt à décoller.


Pourtant, avec son look de clergyman, sanglé dans une veste noire ornée d'un col romain immaculé et sévèrement boutonnée jusqu'en haut, il était, rendu à la vie civile, tout ce qu'il y a de plus coincé : aimable mais cérémonieux, pas franchement à l'aise avec le vieux monsieur venu le féliciter. Mais devant son clavier, il était comme immergé dans un monde musical qui le passionnait à tel point qu'il nous communiquait son ardeur, et nous fit oublier les quelques imprécisions dues, on veut bien l'admettre, à un trop grand engagement. 


Et pour finir, dans le cadre des Jeudis Musicaux qui, comme chaque année nous régalent de 34 concerts où le charme des artistes s'allie fort agréablement à la qualité des interprétations, un concert tout à fait original nous a permis de découvrir deux jeunes talents, d'un professionnalisme sans reproche. Claire Luquiens et Samuel Strouk sont repectivement flûtiste et guitariste. Alliance a priori improbable, les partitions pour ces deux instruments étant, sauf celles de Piazzolla, très rares, et pourtant ô combien réussie. Et ce, pour plusieurs raisons : d'abord ces deux instrumentistes sont de très haut niveau et leur jeu est impeccable. Ensuite, musiciens dans l'âme, ils ont su faire des transcriptions de fort bon aloi qui ne trahissent ni la partition, ni le musicien. Même quand il s'agit de La Grande Valse brillante de Chopin jouée façon manouche, on est pris. De plus, l'utilisation, en particulier pour les œuvres pour piano, de la flûte comme main droite et de la guitare comme main gauche, permet de faire ressortir le chant tout en assurant un parfaite indépendance des deux parties, ce qui donne des résultats vraiment convaincants. Enfin, et pour ne rien gâcher, ces deux jeunes gens sont beaux, et leur duo élégant et souriant est plus que plaisant à voir et à entendre. D'autant que Samuel Strouk est doué d'un vrai charisme : il sait présenter chaque pièce avec un habile mélange d'enthousiasme, de précision technique et de mots aisés à comprendre, qui tient le public sous le charme ! Un couple à aller écouter sans hésitation s'il passe près de chez vous.

Voilà, je me suis acquittée du challenge dans lequel je m'étais imprudemment lancée en réussissant à vous parler un peu musique, un sujet pas toujours facile à traiter pour des lecteurs qui n'ont aucun chance de voir les concerts concernés. Et je dois vous avouer que cela aurait pu être pire car l'ami en question avait relevé parmi mes phrases insouciantes "une femme à la demande", suivi parait-il de "au moindre prix", et menaçait de me soumettre au même défi avec cette formule encore plus périlleuse. Je crois que, dorénavant, je tournerai avec lui sept fois ma langue avant de parler, au risque de devoir vous abreuver de billets sans queue ni tête durant tout l'été !!

mardi 15 juillet 2014

TRILOGIE AIXOISE, ACTE III - ARIODANTE


A Aix où, sans doute grâce aux inquiétudes provoquées par les mouvements des intermittents, nous avons cette année pu voir trois opéras. Après avoir commencé par le meilleur (voir l'article fort bref, mais très enthousiaste sur la Flûte), nous avons malheureusement terminé par ce qui nous le moins plu... Était-ce la fatigue ou la qualité réelle des spectacles ? En tout cas les faits sont là, le dernier opéra que nous avons vu est celui qui nous a le plus déçus.
Au départ d'Ariodante, il y eut un autre livret, Ginevra, Principessa di Scozia d'Antonio Salvi, écrit pour un opéra de Giacomo Antonio Perti en 1708, lui-même inspiré des chants 5 et 6 de l’Orlando Furioso de l'Arioste. La vaste épopée de chevalerie médiévale de l'italien de la Renaissance avait, depuis le XVIIe siècle, la faveur de tous les librettistes de renom, et le public du XVIIIe appréciait encore beaucoup les aventures épiques de cette grande fresque dont le nombre impressionnant de personnages offrait aux gens de scène moult aménagements divertissants et émouvants. L'histoire adaptée par un anonyme pour le grand compositeur allemand (ou anglais si vous préférez !!) est, comme il se doit, compliquée, simplette et fort manichéenne.


Le vieux roi d'Écosse, touché par l'amour du chevalier Ariodante pour sa fille Ginevra, offre au jeune héros et sa fille et sa couronne. C'est plus que ne peut en supporter le duc d'Abany, Polinesso, qui ourdit une sombre machination pour ruiner le mariage de son rival. Son stratagème réussit, précipite chacun au bord du suicide ou de la folie, avant que la vérité n'éclate, que le traître soit châtié, et que tout rentre dans l'ordre. En sus du roi d'Écosse, pivot décideur de l'intrigue, parfois bien perturbé le pauvre, cinq personnages principaux liés par la traditionnelle chaîne passionnelle : Lurcanio aime Dalinda, qui aime Polinesso qui aime Ginevra, qui aime Ariodante. Car au récit principal s'ajoutent la suivante de Ginevra, Dalinda, et Lurcanio, le frère d'Ariodante. Avec un tel imbroglio Haendel s'est éclaté : et l'affaire était d'importance, voire politique. En effet, depuis 1729, le compositeur et son impresario avaient obtenu du nouveau roi, Georges II, l'usage du King's Theatre pour une durée de 5 ans. Tout semblait donc aller pour le mieux pour sa carrière. Or, une troupe rivale, soutenue par le nouveau Prince de Galles, Frédéric, revenu à Londres en 1728 et manifestant une constante opposition politique à son père régnant, venait de voir le jour. L'Opera of the Nobility qui avait donc les faveurs des opposants à la cour, avait pour compositeur attitré Nicola Porpora, et  l'on s'y battait à coups d'opéras. Le jeune et fougueux Frédéric de Galles y avait, de plus, attiré tous les chanteurs auparavant dévoués à Haendel. Et summum de la réussite, l'Opéra de la Noblesse s'était assuré le concours de Carlo Boschi, autant dire le très en vogue castrat surnommé Farinelli. Il fallait lutter ferme pour défendre les couleurs royales et s'assurer à la scène le succès qui s'imposait quand on avait la charge de représenter Georges II d'un point de vue artistique ! C'est dans cette ambiance quelque peu électrique qu'Haendel conçu, écrivit et monta ce nouvel opéra. Représenté 11 fois seulement entre le 8 janvier et le 3 mars 1735, l'oeuvre n'eut pas le succès escompté malgré la présence d'une troupe de danseurs, venus tout spécialement de Paris, mais dont la tenue légère choqua fort les spectateurs britanniques. Tant et si bien que, lors de l'unique reprise de l'opéra un an plus tard, le compositeur supprima carrément les ballets dans l'esprit de Rameau qui émaillaient la partition, à la fin de chaque acte. Il fallut attendre 1928 pour que l'oeuvre fut de nouveau montée, et encore rarement, et la reprise d'Aix n'en était que plus exceptionnelle.


Mais, las ... malgré quelques voix tout à fait convenables (je pense en particulier à David Portillo, le ténor qui interprète Lurcanio, ou à Sandrine Piau qui se tire plutôt bien du rôle de Ginevra) l'ensemble vocal était, à mon goût, de qualité, mais fort peu adapté à la partition et, surtout, au lieu. La cour de l’Archevêché, en plein air, battue par le vent, agrémentée par quelques bruits parasites, est très ingrate, et il y faut, pour être convainquant, une puissance qui manquait singulièrement à Sarah Connoly (Ariodante), très raffinée, très élégante mais ne remplissant pas assez l'espace sonore ! Elle tenait tout de même le rôle titre ... Patricia Petibon, quant à elle, avait plus d'ampleur, mais, malheureusement, parfois au détriment de la justesse de ses envolées finales. Rien de dramatique au demeurant, mais l'on se prenait à rêver d'une distribution plus brillante, pour servir une partition qui, composée essentiellement d'airs virtuoses, nous est connue chantée par les plus grands.
Les opéras de Haendel furent tous écrits pour des chanteurs bien précis, et, si l'on y pense, il est naturel que les voix d'aujourd'hui ne soient pas forcément adaptées aux rôles : témoin le fait que le compositeur, n'obtenant pas pour les rôles les chanteurs prévus modifia, pour la création, les partitions initiales. Rien d'étonnant alors que les tessitures modernes soient parfois défaillantes ou trop justes. Un opéra de Haendel aujourd'hui se monte en proposant le rôle à divers artistes, qui, même s'ils ne doivent pas s'y sentir parfaitement à l'aise, sont trop heureux de paraître sur la scène de l’Archevêché et promettent, forcément, beaucoup plus qu'ils ne peuvent finalement tenir.
L'orchestre, quant à lui, était excellent mais la direction, certes très propre, d'Anton Marcon, nous a semblé, le lendemain de celle tellement inspirée de Minkowski, un peu planplan, manquant de souffle. Rien de grave là non plus, et ma mauvaise humeur à propos d'Ariodante concerne essentiellement la mise en scène, très appréciée de la critique, qui m'a, quant à moi, carrément horripilée !

Le décor, faussement rustique d'une chaumine écossaise d'un goût douteux, constitue le cadre unique de l'action. Fleurettes sur les murs, fausse pierre dans la cuisine, vilaines photos en noir et blanc autour du dressoir, longue table de chêne autour de laquelle le metteur en scène fait défiler, sans imagination, chanteurs et danseurs, comme à la parade et toujours de la même façon, ce décor campagnard de pacotille qui a tant ému, par sa "modernité" les critiques, m'a tout simplement rebutée. Mais passe encore. Richard Jones a ensuite décidé d'accoutrer ses protagonistes, en particulier les chanteurs et danseurs, de vieilles fringues trop étroites, tout droit sorties d'Emmaüs, vilains pulls en jacquard, marinières raidichonnes, pantalons trop courts et tablier à carreaux. Ce look années 50 faisait par trop misérabiliste.


Ce sont surtout les "heureuses distances avec cet imbroglio baroque" prises par le metteur en scène qui m'ont "gonflée". "Il a fait avant tout d'Ariodante le drame d'une famille d'aujourd'hui, une tragédie domestique de l'aveuglement et des bonnes consciences impulsives". Ben voyons !! Il nous assène donc de la guimauve de bon aloi, puis déguisant le duc d'Abany, Polinesso, en un hypocrite ecclésiastique dissimulant un loubard impudique et brutal qui viole, ment, humilie, il nous persuade que tous les traits immondes du personnage ne peuvent être compris qu'à travers son habit d'homme d'église. Un peu facile, non ?? Et, entre prêchis-prêchas rajoutés à l'aide de banderolles extraites de la Bible, col romain trop vite dégrafé et interminable scène de viol, vrai catalogue des différentes humiliations qu'on peut faire subir à une femme, nous nous voyons imposer la vision calamiteuse de ce scénariste un peu trop sûr de lui. L'idée d'avoir remplacé les ballets par des manipulations de marionnettes est, en soi, plutôt bonne (et en plus, ce sont les choristes qui les meuvent, ce qui, en soi, doit constituer une économie non négligeable !). Mais quand à la fin du second acte, en une "magnifique intuition" (toujours Télérama) il transforme cette pauvre Ginevra en pute d'autoroute, on se sent bien loin de la magie de l'Orlando Furioso ! Du coup, il faut bien l'avouer, nous n'avons guère eu envie d'affronter le troisième Acte : "Au moment du « lieto fine », réjouissance finale de rigueur dans l'opéra séria, (Ginevra) laisse les autres, y compris Ariodante, se rassurer à peu de frais. A leur insu, elle boucle sa valise, enfile un manteau, s'extrait du décor pour venir, devant la rampe, faire du stop, telle une prostituée de grand chemin — et telle que ses proches, à la fin du deuxième acte, l'avaient stigmatisée en effigie. La Ginevra de Haendel rejoignant la Lulu d'Alban Berg : magnifique intuition de metteur en scène ! ".


Et si l'on en juge par le nombre de gens qui, comme nous, n'ont pas demandé de ticket pour sortir, et qui se pressaient vers les parkings, nous ne sommes sans doute pas les seuls à avoir trouvé, quoiqu'en dise une critique extatique, la mise de Richard Jones ennuyeuse, voire inadaptée ou carrément pénible. Ce qui m'a, je l'avoue, le plus déplu est cette espèce de prétention qui sous-tend une mise en scène de cet acabit : prétendant que les mises en scène respectant l'ambiance suggérée par le livret ne peuvent donner le frisson à un public moderne, il a eu l'ambition de nous présenter "un drame psychologique qui (nous) tienne en haleine", en renonçant au décorum chevaleresque ce qui, selon lui, lui permettait de "gagner en crédibilité et en implication du public". Très fier d'avoir fait de Polinesso "une sorte de prédicateur qui a beaucoup d'influence sur la vie sprirituelle de l'île et qui, à la Jekyll & Hyde s'engage clairement dans la part du diable", il déclare en avoir fait un "chrétien-libre penseur qui visite l'île et qui, doté d'une intelligence supérieure, vient sans doute d'une grande ville (ben voyons !!) et tente une expérience sur un groupe de gens assez naïfs (forcément !!). Il se montre très misogyne... ce qui explique son plaisir à détruire Ginevra".


Alter proposait une mise en scène entièrement basée sur de vraies marionnettes siciliennes, grandeur nature et maniées depuis les cintres, doublées par les chanteurs, soit dans la même tenue, soit au contraire dans un costume entièrement noir et restant statiques auprès de leurs doubles évoluant au gré de l'action : je me demande si on ne devrait pas lui confier le prochain Ariodante !

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