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mardi 23 septembre 2014

10 ANS DE VACANCES (celles de Monsieur HAYDN bien sûr)

La "vedette" instrumentale du Festival : le glassharmonica de Thomas Bloch

En réalité, pas vraiment des vacances, mais plutôt la rentrée des étudiants de divers conservatoires et écoles de musique, et de la classe de violoncelle de Jérôme Pernoo !! Tous les ans en effet, au milieu du mois de septembre, la paisible petite ville thermale de la Roche-Posay s'anime le temps d'un week-end pour accueillir une "horde" de jeunes, traînant violons, clarinette, guitare ou violoncelle, égayant les parcs et terrasses de leur bonne humeur et sonorisant donjon ou casino de leurs notes enlevées. Chaque ruelle résonne de gammes et de trilles, les très sérieux salons du grand hôtel thermal s'animent de vocalises et d'envolées lyriques, l'école devient salle de concert et le cinéma s'emplit de mélomanes en quête d'un bon moment musical.
Pourtant, si l'ambiance est joyeuse, volontiers espiègle et résolument décontractée, il ne faut pas s'y tromper, ce sont pour les jeunes interprètes deux journées très intenses, épuisantes et, en réalité, ils travaillent tous énormément durant ce week-end de "vacances". Le concept de ce Festival, dont je vous ai souvent parlé, est fort original, et ce à plus d'un titre. Le noyau dur de la manifestation est une suite de concerts "classiques", joués par des interprètes ayant pignon sur rue, ou pour le moins déjà consacrés. Ce sont les concerts payants, à un prix d'ailleurs très doux rendant très accessible à tous leur fréquentation. Il y en avait 5 cette année, auxquels on se doit d'ajouter les fameux Comvoulvoul, de même qualité mais dont l'entrée, comme leur nom l'indique, est laissée au "bon cœur de chacun"... 1 euro, 20 euros, vous faites "comme vous voulez" pour obtenir un billet.

Le quatuor Arod

La découverte du Festival qui mérite d'être saluée car je suis certaine que ces jeunes ont un brillant avenir devant eux, est le quatuor Arod. Invités cet été à Musique en Val de Seugne (et ailleurs (1)) nous n'avions pu aller les écouter ayant sans doute d'autres obligations, et nous étions ravis de les entendre à La Roche-Posay. Ces jeunes gens, tous brillants élèves de conservatoire, quand ils ont décidé de créer un quatuor ont choisi Arod "facile à retenir dans toutes les langues : c'est le nom d'un cheval que l'on retrouve dans la littérature anglaise, mais aussi dans la bible et bon nombre de livres dans le monde. On aime bien cette idée de compagnon fidèle et universel de l'homme dans ses voyages, à l'image de la musique classique."

Le quatuor Arod sous l'écoute bienveillante de Romain Guyot dans le quintette avec clarinette de Mozart

Et si l'on en croit le "bouche-à-oreille", que je relaye avec conviction, le quatuor Arod est prometteur. Dans les  Sept dernières paroles du Christ, partition "solide" et difficile, nous avons été impressionnés par leur maturité, la justesse de leur interprétation et la précision de leur technique. Des jeunes qui ont un vrai potentiel... à suivre donc !!

Aux Vacances de Monsieur Haydn donc, un total de 9 concerts "officiels", chacun reprenant une des œuvres créées pour le Festival durant les 9 années précédentes : une jolie manière de fêter le 10ème anniversaire. Car, c'est la seconde originalité de La Roche, chaque année un compositeur est invité à créer une ou plusieurs pièces pour le Festival et s'il est d'usage de jouer ici trios et quatuors de Haydn, (c'est bien logique) il est aussi de tradition d'y découvrir des compositeurs contemporains (Guillaume Connesson, Jérémie Rhorer, Karol Beffa, Stéphane Delplace, Jérôme Ducros ...).

Le Jefferson Quintet dans Schumann avec l'excellente Fiona Mato au piano

La dernière originalité de cette villégiature de papa Haydn est le Off qui ponctue les journées des festivaliers et des jeunes instrumentistes, avec une régularité parfaite.

Dans l'impitoyable (pour les objectifs) contre-jour du salon des Loges du Parc, Karine Sélo accompagnant avec une grande implication et une belle complicité l'excellent baryton Julien Clément

Organisé de main de maître par Karine Sélo, la pianiste accompagnatrice complice de Jérôme Pernoo depuis les débuts, le planning est impressionnant : sur 5 lieux éparpillés dans la ville, à raison de 2 concerts le matin, et 3 l'après-midi, ce sont partout notes et mélodies qui se croisent et s'offrent à déguster. Au total près de 80 concerts d'une demie-heure environ, entièrement gratuits, et parfois d'une qualité surprenante.

Le quatuor Héméra, toujours en contre-jour !

Notre coup de cœur du Off va cette année au quatuor Hemera, quatre jeunes solistes qui nous ont séduits avec le quatuor en ut mineur de Fauré. Qu'on ne s'y trompe pas : je ne peux vous énumérer tous les participants, et ce choix, forcément subjectif et nécessairement incomplet car nous n'avons pas entendu tout le monde, n'exclut personne et tous les jeunes "offistes" méritent félicitations et applaudissements.

Le quatuor Akilone devant le rideau rouge du cinéma

Je mentionne juste au passage l’initiative particulièrement originale du quatuor Akilone qui, avec la complicité de Serguey Malov et sur une idée de Néry Catineau et de la musique de Thomas Nguyen a monté un conte initiatique en trois actes : le violon virtuose qui avait peur du vide. C'est l'histoire du prince Violino qui a toujours vécu dans son monde entouré d'une cour impressionnante de partitions en tous genres. Dans son royaume, tous et toutes ne vibrent que par et pour lui. Dans ce cocon, il est adulé, respecté, célébré parce qu'il est gai, virtuose et plein d'admirateurs. Jusqu’au jour où le prince tente de séduire la lune qui se laisse faire et, terriblement narcissique, va devenir de plus en plus exigeante. Elle finit par l'attirer hors de son écrin protecteur, et le fait revenir dans le monde de ses origines. Perdu dans ce monde minéral et organique, il fait des rencontres surprenantes et inquiétantes, branches d'arbres, cailloux, terre, et va devoir improviser, lui qui ne savait que séduire en interprétant l'écrit.

Jérôme Pernoo et sympathique classe de violoncelle "La Ruée vers l'art", qu'il a emmenée traverser la Russie à bord du Transibérien (écoutez les 8 épisodes sur Culture de l'émission de Dominique Boutel qui a fait avec eux le voyage : passionnant !)

Longue vie aux Vacances de Monsieur Haydn, un festival vraiment "engagé" pour démontrer que la musique est vivante, qu'elle est accessible, qu'elle est partage et joie de vibrer ensemble... que qualité et jeunesse ne sont pas antinomiques, que l'exigence artistique est de mise même "à la campagne", et que tous les publics de bonne volonté peuvent comprendre, aimer et apprécier. Ce festival est un vrai bain de jouvence et tous ceux qui l'ont pratiqué une fois n'ont qu'une envie : revenir !

Les traditionnelles photos de fin de Festival, où tout le monde se congratule, s'acclame et s'embrasse... Cette année les "bénévoles" grâce auxquels cette merveilleuse manifestation a lieu étaient à l'honneur : leur "représentant", l'incontournable Monsieur Haydn, figure historique du Festival, dansant avec grâce un fort acrobatique tango, accompagné par Ducros, Pernoo et l'inénarrable contrebassiste Bernard Cazauban, le plus heureux des instrumentistes !


(1) Le quatuor Arod a le plaisir de se produire en concert lors de festivals tel que Les Mélusicales, Musique à Versailles, Novembre musical de Bonne, Les Cordes en Ballade, Festival International de Pontlevoy, le IN des Vacances de Monsieur Haydn, etc… Ils sont également invités à se produire aux côtés d’artistes tel que les clarinettistes Michel Lethiec et Romain Guyot, les pianistes Marie-Josèphe Judde et François Chaplin ainsi que le Quatuor Debussy. Également présent sur les ondes, le quatuor Arod a pu être entendu sur France Musique dans l’émission de Dominique Boutel « La Matinale du Samedi » ou encore « Leur Premier CD » de Gaelle Le Gallic autour d’œuvres de Beethoven et Brahms. Le quatuor Arod a remporté en février 2014 le 1er Prix du Concours Européen de la FNAPEC ainsi que le Prix spécial ProQuartet-CEM .

lundi 16 septembre 2013

LES VACANCES SONT FINIES


C'est l'histoire d'un petit garçon qui jouait de l'alto. Il avait environ 11 ans et il participait à un stage de cordes. Et là, il y avait pleins de "grands" qui l'éblouissaient !! Et ces grands jouaient à trois, à quatre, à cinq !! Le petit garçon se dit alors "quand je serai grand, moi aussi je veux faire de la musique de chambre". Parmi les grands, un jeune homme d'une vingtaine d'année qui semblait à l'enfant encore plus talentueux que les autres "quand je serai grand, je veux jouer avec lui". Et le petit garçon d'écouter, d'admirer, et de découvrir un trio particulièrement beau ... "C'est quoi ce trio ?" "Le trio de Beethoven opus 3 en mi bémol majeur" "Waouh !! moi aussi quand je serai grand, je jouerai ce trio de Beethoven".


Puis le petit garçon grandit, et, commençant une carrière de soliste, se mit à parcourir le monde. C'est au Japon qu'il rencontra un violoniste russe, "génial et fou" (je cite l'altiste !). Avec lequel il sympathisa, rêvant de jouer un jour avec lui.... Mais vous savez ce que c'est, une carrière de soliste, c'est ingrat, on ne choisit pas ses partenaires, on joue ici ou là, et votre agent gère votre carrière sans trop se soucier de vos états d'âme ! Et voilà que, un samedi de septembre de l'an 2013, l'altiste, Antoine Tamestit, se retrouva à La Roche Posay avec le violoniste croisé au Japon, Sergey Malov, le violoncelliste admiré du haut de ses 11 ans, Jérôme Pernoo et qu'ils jouèrent, je vous le donne en mille ?? le trio opus en mi bémol majeur de Beethoven ! Si vous aviez vu comme ils étaient heureux ces trois-là ! Leur interprétation respirait la joie de jouer, elle débordait d'esprit et d'éclats de rire, c'était un vrai bonheur de les voir et de les entendre.

Malov, Tamestit et Pernoo après le trio de Beethoven

Cette anecdote résume parfaitement l'ambiance des Vacances de Monsieur Haydn : détendue, décontractée, amicale et débordante du plaisir de jouer ensemble. Bien sûr, tout n'est pas toujours musicalement parfait, mais on ne va pas jouer les blasés, les grognons ou les ronchons. On ne garde de ces trois jours de musique intense que les bons souvenirs, et on gomme soigneusement les contrariétés, comme par exemple la pluie diluvienne qui nous a tous transformés en éponges dégoulinantes le samedi !

Guillaume Vincent et le quatuor Zaïde accompagnant Catherine Trottmann

Et des bons souvenirs, il y en a à la pelle : la découverte d'un tout jeune (il aura 22 ans dans quelques jours) pianiste, Guillaume Vincent : rieur, des mains XXL, un talent indéniable, attentif, précis, passionné... sûr qu'on va entendre parler de lui dans les années qui viennent. Et mignon comme tout en prime !! Le plaisir de retrouver, comme les années précédentes, le violoniste russe Sergey Malov qui maîtrise maintenant parfaitement sa viola di spalla et qui pratique le violon avec une virtuosité qui en fait un des grands du moment.

Sergey Malov et sa partition électronique, commandée au pied
 (à droite Antoine Tamestit)

Il fait merveille en musique de chambre, délicat, fougueux, très attentif à ses partenaires, et bien sûr, plein d'audace. L'interprétation du quintette avec clarinette de Mozart, où Paul Meyer et lui se répondaient avec humour, en faisant assaut d'ornementations pleines de charme et d'à propos, restera une des grands souvenirs de ce Festival. Et quelle sonorité somptueuse que celle de la clarinette de Paul Meyer !!


Dans les inattendus... la rétrospective de 7 courts métrages de Jean Rubak, dont il nous expliqua plaisamment que c'étaient des travaux "de vacances", réalisés lors que le studio qui l'employait était entre deux chantiers, et qui avaient pour lien la musique originale, toujours parfaitement adaptée et très inspirée de Jérôme Ducros. Car les "Vacances" de cette année étaient consacrées au compositeur qui fit polémique en décembre dernier lors d'une conférence au Collège de France intitulée "L'atonalisme... et après ??" Le petit monde de l'art et des artistes adore tout ce qui croustille et fait scandale et là, pas de doute, les gens branchés en ont eu pour leurs émotions !


J’avoue que tout cela fait vraiment sourire et j'ai trouvé le kakemono de Ducros, installé près du stand où l'on vendait ses disques, plein d'esprit ! Au lieu d'y lister les critiques enthousiastes pour inciter le chaland à acheter ses œuvres, il y décline en toute simplicité les remarques assassines, les piques perfides ... ce qui est sans doute finalement un excellent argument marketing ! Et Ducros, outre le fait qu'il est pianiste, accompagnateur et compositeur, s'adonne aussi très volontiers à la musique de films, de courts métrages en tout cas. Les petits films de Rubak sont tous délicieux, et je regrette vraiment de n'en avoir trouvé aucun sur internet pour vous les faire découvrir. Ses "noces de Viardot", directement inspirées des dessins d'une lettre de Musset(1) déplorant le mariage de Pauline Garcia et raillant le nez du futur est un vrai délice.


Dans "la politesse des rois", Jean Rubak est parti d'un incroyable dessin exécuté par Louis XIII en 1608, à l'âge de 7 ans et consigné en marge du journal de son médecin Hérouard. Il l'a animé pour illustrer une lettre d'une violence inouïe écrite pour un Louis XIV de 15 ans, exaspéré par la Fronde et prêt à trucider tous ses ennemis. Rubak a demandé à Jérôme Ducros de lui composer une musique adaptée, en partant des quelques notes de musique écrite par Louis XV (il a eu beaucoup de mal à les trouver !!) pour un refrain de chasse. D'autres films, réalisés pour le Festival du Film de La Rochelle ou avec des enfants d'Aytré après la tempête Xynthia, complétaient agréablement cet intermède cinématographique.


Quant au concert de clôture, qui réunit traditionnellement tous les musiciens autour du grand manitou du Festival, Jérôme Pernoo, il fut cette année encore, très joyeux. Le week-end s'est ainsi terminé, pour la plus grande joie du public, après le finale de la Symphonie des Adieux(2), par une pièce endiablée et très amusante jouée par les deux Jérôme, échangeant au passage leurs instruments, et par deux airs de Carmen chantés par la diva du Festival(3) et repris dans les vestiaires du gymnase (4) par les musiciens qui s'apprêtaient à fêter dignement la fin de la manifestation !! Entre eux !


(1) Je vous conseille d'aller sur le site de la RMN voir cette "BD" d'un genre particulier : en cliquant sur les images vous pourrez les voir dans de bonnes conditions sans que j'aie à me préoccuper d'obtenir une autorisation spéciale en les reproduisant dans ce blog (Avant toute utilisation, une autorisation doit expressément être demandée à la Bibliothèque de l’Institut de France)
(2) Écrite pour le Prince Nikolaus Esterházy, lors de son séjour au palais d'été d'Eszterháza, elle est particulièrement bienvenue pour marquer la fin des "Vacances" puisque, justement, Haydn la rédigea pour rappeler à son employeur que les musiciens, éloignés depuis trop longtemps de leur foyer avaient envie de voir se terminer ces vacances un peu longues à leur goût.
(3) Catherine Trottmann a accepté de remplacer en dernière minute la mezzo invitée, Nora Gubisch, clouée chez elle avec une extinction de voix... il était naturel de rendre hommage à sa prestation !! D'autant qu'elle nous a, durant ces trois jours, offert un défilé de "robes de princesse" tout à fait inusité dans ce Festival en jean !!
(4) Les concerts, éparpillés dans la Roche Posay, se déroulent, entre autres lieux, au gymnase : certes l'acoustique est moyenne, mais rien de dramatique et la salle est à la taille du concert final !!

Le quatuor Zaïde à l'église

samedi 24 septembre 2011

LE OFF DE LA ROCHE POSAY


Le seul VRAI Off que je connaisse... comme devait l'être celui d'Avignon aux temps héroïques d'André Benedetto... un Off en marge du Festival principal mais qui l'accompagne généreusement. Un Off qui n'a rien de commercial et reste, malgré une sacrée organisation (tous les concerts commencent à l'heure) très spontané.
Le Festival de soutien, ce sont les Vacances de Monsieur Haydn qui se tiennent chaque année depuis maintenant 7 ans dans la charmante ville thermale de La Roche Posay. Oui, vous avez bien lu : cette ville tranquille surplombant les vallées de la Creuse et de la Gartempe, connue pour son eau réputée en dermatologie, accueille chaque début d'automne papa Haydn, venu s'y ressourcer. On y assiste à un festival on ne peut plus classique, dont je vous reparlerai plus tard. Mais la véritable richesse des Vacances, c'est son Off.


L'objectif est de permettre à des musiciens amateurs de haut niveau, à des étudiants ou de nouveaux groupes de musique de se produire devant un public chaleureux et ravi. En pratique, ce sont surtout des jeunes du conservatoire national de Paris qui viennent y faire, sous la houlette de Jérôme Pernoo, une sorte de pré-rentrée, fort stimulante. Mais on peut aussi y croiser des musiciens aguerris, qui accompagnent ou soutiennent de jeunes formations (comme Karine Sélo avec le quintette Elixir) ou des musiciens consacrés qui tâtent ici d'un nouvel instrument, comme Sergey Malov, auquel je consacrerai un autre billet.


Des dizaines de concerts, dans 5 salles éparpillées dans La Roche, des programmes courts et ambitieux, un allant et une virtuosité toujours au rendez-vous même si, parfois, le trac en étreint certains... Pendant deux jours on court d'un lieu à l'autre, on échange des impressions, et tout cela entièrement, totalement et absolument gratuit. Comme démocratisation de la musique, on ne fait pas mieux, n'est-ce pas ?


Avec, en prime, l'impression qu'on croise ici, encore "au berceau", certaines futures vedettes, tant le talent de ces jeunes est parfois ébouriffant ! J'ai envie d'en citer quelques uns, pour "prendre date" !! Le clarinettiste Bertrand Laude qui nous a émerveillés par sa mâturité, et la mezzo Amélie Saadia, dont la présence sur scène est très prometteuse, sont ceux que j'ai envie d'élire pour ce Off 2011.



Menacé de disparition l'an dernier, alors que c'est vraiment l'action la plus intelligente qui soit en matière de promotion de la musique vivante, le Off, qui donne au Festival sa couleur, sa vitalité et son ambiance absolument inimittables, est revenu en force en 2011, pour le plus grand bonheur des spectateurs.

jeudi 23 septembre 2010

TOURISME INDUSTRIEL

Ouah !!! Je vous vois d'ici faire la grimace... Non, non, ne niez pas, je suis certaine que l'appariement de ces deux mots vous hérisse par avance le poil. Et pourtant... c'est un des mérites de la Journée du Patrimoine que de nous faire découvrir des sites inattendus, voire improbables. Plus que l'accès gratuit aux monuments qui est sans doute une bonne idée pour ceux que le prix d'entrée dans un musée ou dans un château rebute, ou qui ne peuvent se l'offrir en temps normal, mais qui engendre une foule parfois excessive dans ces endroits d'ordinaire fort calmes qu'il vaut mieux visiter hors manifestation, quitte à y laisser son obole ! 
Nous étions cette année encore, en train de courir de concert en concert à la Roche Posay durant le week-end du patrimoine et n'avons pas eu beaucoup le loisir d'en profiter. Mais le stakanovisme est toujours de mauvais aloi et une petite escapade nous a fait envie, ne serait-ce que pour s'offrir un bon déjeuner à Saint Savin. Sur le chemin, nous sommes passés près d'une distillerie de betterave, et, est-ce le réflexe des "charentais" que le mot distillerie émoustille, ou la simple curiosité pour une visite somme tout inhabituelle, nous avons décidé d'y faire halte. Le lieu était sympathique, accueillant mais, a priori, pas particulièrement affriolant. Et pourtant cette visite fut extrêment passionnante.

Les propriétaires du lieu, des parisiens un peu fous comme ils savent l'être parfois, ont racheté en 2000 cette usine promise à la démolition. Un coup de foudre pour un bâtiment industriel, voilà qui n'est pas banal. Quand ils se sont lancés dans l'aventure, la distillerie de Saint Pierre de Maillé était fermée depuis près de 30 ans. Devenue propriété d'un ferrailleur, elle avait perdu petit à petit toutes ses machines vendues au prix du bel en bon acier au poids. La dernière machine venait d'être emportée en éventrant le toit des bâtiments... tout simplement parce qu'elle ne passait pas par la porte, les murs ayant été construits autour ! Mais qu'importaient ces dégradations puisque de toutes façons le tout devait être rasé et transformé en lotissement.
C'était compter sans nos vaillants chevaliers des temps modernes qui décidèrent de racheter les ruines et d'y élire domicile. Ils restaurèrent les bâtiments, en faisant un lieu d'accueil pourvu de chambres d'hôtes, salles à louer pour mariages et autres fêtes, dortoirs, gite etc... La visite des lieux en 360° vaut vraiment le clic !! Vous y verrez en particulier comment la salle au toit défoncé est devenu un charmant patio, comment l'atelier a été transformé en séjour confortable, comment les hangars se prêtent aux grandes tablées, comment la maison du contremaitre, pourtant si laide, accueille maintenant de gentilles chambres d'hôtes... Ils organisent en outre des concerts (comme ces concerts mongols) et autres expositions, souvent autour du thème de la feraille, tordue ou rectifiée, pliée, enroulée, enfin bref sous toutes ses formes ! Il s'agit, c'est logique, de s'inscrire dans la mémoire du lieu et si les oeuvres d'art en question peuvent paraître un peu trop "contemporaines", elles ont au moins le mérite d'être à leur aise au milieu des vestiges de cette usine.

Et le week-end dernier, ils ouvraient leur demeure aux visiteurs pour leur présenter, le temps d'une balade contée, l'histoire de l'usine et son fonctionnement. Comment les betteraves et les topinambours arrivaient par tombereaux duement pesés et dont le taux en sucre était mesuré soigneusement. Comment les racines étaient ensuite stockées, puis nettoyées, et enfin poussées par un puissant jet d'eau vers les chaudières. Comment ensuite, de vis sans fin en filtrations diverses, on aboutissait au produit final, l'alcool presque pur. Mais ce qui faisait l'intérêt de la visite est que les nouveaux propriétaires ont pris la peine, en arrivant, de rendre visite à de nombreuses personnes ayant travaillé dans les années de guerre et d'après guerre dans et pour cette usine, et de recueillir leurs témoignages. Agriculteurs producteurs de raves, ouvriers, contremaitre et même l'ancienne comptable de l'entreprise, tous ont raconté leurs souvernirs, leur fierté d'avoir appartenu à cet ensemble industriel et leur regret qu'il ait dû fermer.
L'aventure a commencé en 1940 quand le hobereau local, dont j'ai oublié le nom, ayant quelques fonds à placer et un juteux marché en vue, a décidé d'édifier la distillerie. Il a confié le travail aux entrepreneurs locaux, ce qui nous vaut aujourd'hui un bâtiment mastoc mais solide, tout de pierres contruit, et qui ne ressemble guère aux bâtiments de briques de la période. Le marché justifiant cette intiative était celui de la fourniture d'alcool à la RATP, qui n'avait d'autres ressources pour faire fonctionner ses autobus que l'alcool agricole. Immédiatement fut créée une coopérative des producteurs locaux (et lointains) de raves, et la noria des tombereaux de racines pouvait commencer. Au meilleur de sa production, l'usine faisait travailler sur place environ 25 ouvriers, mais induisait alentours la survie d'environ 1200 personnes, entre les emplois agricoles et toute l'activité économique qu'elle engendrait. Sitôt la guerre terminée, la RATP revint à des carburants plus classiques et le marché se transforma en alcool pour la pharmacie, le simple et sans doute moins rentable alcool à 90. Rapidement l'activité déclina et l'usine finit par fermer ses portes en 1972, au grand dam des agriculteurs locaux qui perdaient ainsi un débouché pour leurs cultures de betteraves.
La visite s'est révélée d'autant plus passionnante qu'un ancien ouvrier agricole ayant participé à la récolte des betteraves dans sa jeunesse, est arrivé durant notre parcours et a ponctué les commentaires de souvenirs personnels très précis. Pour finir, la propriétaire des lieux, pour couper son discours didactique passionnant, était accompagnée d'un conteur haut en couleur qui nous a régalés d'histoires extraordinaires et supposées locales. Du paysan qui découvre un trésor et s'arrange pour que sa femme ne soit pas crue quand elle le raconte aux voisins, aux deux vieux qui manquent de périr brûlés pour manger leur dernier broyé du Poitou, les thèmes étaient universels mais admirablement adaptés et racontés avec une verve et une facilité qui rendaient les récits délicieux.
Une idée géniale que cette visite d'un lieu que nous aurions à peine regardé en passant devant, tant une cheminée d'usine n'attire guère d'ordinaire l'admiration ! Mais nous en sommes repartis enrichis d'une tranche de vie locale, vraie et forte, car cette distillerie qui fit vivre la région pendant une trentaine d'années participe à la mémoire locale et mérite d'être (re)découverte.

mardi 21 septembre 2010

MONSIEUR HAYDN : LA MUSIQUE CONTEMPORAINE (III)


Je ne sais quel effet vous fait la musique contemporaine mais j'avoue que, faute de formation, d'information ou plus simplement de bases me permettant d'apprécier les dissonnances et autres constructions musicales savantes qui parfois s'offrent à nous lors des concerts, je ne suis pas une fervente de ce genre de moment. Je prends mon mal en patience, je tente vainement de connecter mes oreillettes sur ces sons déroutants et, inévitablement, je m'ennuie et attends impatiemment la fin en guettant la partition pour vous si on atteint la dernière page. 
Pourtant à la Roche Posay, il faut adopter une attitude positive à l'égard de la composition moderne. Car, ainsi que je le disais dans un précédent billet, au programme de chaque concert, est inscrite une oeuvre contemporaine. Cela fait tout bizarre de noter que le compositeur est né en 1960, 1974, voire d'apprendre comme lors d'une des surprises, qu'il a 16 ans ! Le public, acquis aux interprètes, fait toujours bon accueil à ces pièces dont certaines, il faut bien l'avouer sont ingrates. Dans le sens où, pour le profane, elles sont difficiles : pas de mélodie, ryhtme haché, construction musicale sans doute très savante mais peu accessible au commun des mortels. Pourtant les applaudissements fusent avec entrain, crainte de paraître idiot si l'on avoue s'être ennuyé ? Ou simplement libération après la tension qui accompagne nécessairement ce genre d'écoute ?
Une anecdote montre que la bonne volonté du public est plus de surface que l'expression d'un réel plaisir : samedi soir, au Casino, un trio allait interpréter une oeuvre de Félix Ibarrondo. Jérôme Pernoo, désireux de la présenter, prononce quelques mots, s'emmêle un peu dans ses explications et conclut "cette oeuvre montre ce qu'on écrivait à une certaine époque, la fin des années 60". Qu'ont entendu les gens ? En ce qui me concerne, pas grand chose de plus ce que disait la phrase, neutre et sans doute sans arrière pensée. Alter prétend que cela pouvait être perçu comme un peu réservé, voire critique à l'égard d'une certaine mode des dissonances tous azimuts, et que le public s'est laché. En effet, durant toute l'interprétation, ces gens d'ordinaire si sages, si policés, ont ri, discuté, critiqué, grincé des dents et marqué, car ils s'y croyaient autorisés par la réserve supposée de la présentation, leur ennui. Il régnait dans la salle de concert un brouhaha inhabituel et assez étrange !

Malgré ces réserves, La Roche Posay ne malmène pas trop ses spectateurs et j'ai choisi de vous présenter deux découvertes qui m'ont réconciliée avec la musique contemporaine. D'abord Stéphane Delplace qui nous a interprété ses "Chronogénèses", pièces pour piano inspirées par les variations Goldberg. Monsieur Delplace a pris la peine de nous expliquer la génèse de sa partition : lisant une partition de Bach antérieure à la version définitive d'une des variations, il y découvrit un rythme étonnant, supprimé ensuite par le compositeur, sans doute parce qu'il fut alors perçu comme trop audacieux. Serge Stéphane Delplace est parti de ce rythme pour écrire à son tour des variations, savantes, et, quoique modernes, fort compréhensibles pour des oreilles non prévenues. Alter s'amusait beaucoup qu'on puisse ainsi écrire du Bach quand on a la tête de Debussy (moi je le trouve mieux que Debussy, Monsieur Delplace !!), mais il a bien dû avouer que le récital était passionnant ! La présentation par l'auteur n'était pas étrangère à l'intérêt suscité par sa partition. Et en bis, son "irrévérence" qui brodait sur l'air de la Panthère Rose a entraîné l'adhésion de tous ! Au point que les pianistes amateurs du festival cherchaient partout ses partitions "irrévérencieuses" après le concert !

L'autre découverte, saluée par l'enthousiasme sincère du public qui a exigé (et obtenu) un bis : les Heures Claires de Jérôme Ducros, un quatuor pour mezzo soprano, piano, clarinette et violoncelle. Il faut dire qu'avec des tels "instruments" et du talent, on a tous les atouts pour plaire ! La mélodie de Ducros, très "mélodie française" de la fin du XIXème ou du début du XXème (en plus nerveux), a un caractère mélodieux, charmeur, délicieusement grave et reprend avec brio la tradition très particulière du chant poétique qui marrie harmonieusement un texte sensible et une musique expressive. Il y est question de lumière, de soir qui tombe et de clairs matins, la ligne mélodique est évocatrice et les sonorités propres à émouvoir le plus blasé des auditeurs ! Jérôme Ducros a 36 ans, c'est un pianiste accompagnateur de premier plan, dont la souplesse, le caractère et le talent sont bien affirmés, mais ses compositions valent qu'on s'y arrête... qui sait, si au détour d'un programme vous lisez son nom, ne faites pas la grimace, vous verrez, vous serez très agréablement surpris !

Sur la proposition d'Oxygène, j'ai cherché un enregistrement (improbable) des Heures Claires, mais sans succès, je pense que c'était plus ou moins une création... Par contre j'ai trouvé cela dont je vous propose l'audition : Philipe Jaroussky, accompagné par ... Jérôme Ducros qui chante Flamenco Sombrero de... Cécile Chaminade (et oui !!!) et L'heure exquise de Reynaldo Hahn !

lundi 20 septembre 2010

MONSIEUR HAYDN : ESPRIT VACANCES (II)


Un festival de musique classique, il faut dire pour ceux qui n'y vont pas, n'osent pas ou croient que c'est sérieux, savant et donc, inévitablement barbant, que c'est une alchimie, différente à chaque fois. Comme Musiciennes à Ouessant était marqué au sceau de la personnalité de Lydia Jardon, "Les Vacances de Monsieur Haydn" est façonné par son créateur, animateur et surtout directeur artistique, Jérôme Pernoo. Une énergie sans faille, une générosité tous azimuts, une simplicité fabuleuse, Jérôme est partout, et les Vacances, c'est lui. Lui, et tous les autres ! Car il règne dans ce rassemblement de musiciens venus passer une semaine "ensemble" dans la petite ville d'eaux de la Roche Posay, une complicité, une connivence, une allégresse qui font chaud au coeur. Et durant les trois derniers jours de la semaine ils nous "accueillent", nous les spectateurs, nous les "amateurs"* pour nous faire partager leur passion.
L'esprit Vacances, c'est un mélange inusité du bonheur de jouer ensemble, et pour les auditeurs, d'écouter. Quelques règles de base qui ont été posées par Pernoo et qui font un peu la marque de fabrique du lieu. Des concerts bâtis tous un peu sur le schéma suivant : des oeuvres classiques ou inconnues, à chaque concert une pièce contemporaine, à chaque concert un Haydn. Jérôme Pernoo qui veut sortir le classique de son ghetto d'initiés, propose, histoire de faire hurler les puristes, un mouvement par ci, un mouvement par là. Une seule oeuvre est exécutée en entier, en général la dernière du concert. Enfin, et c'est le petit côté frondeur de notre artiste, il note partout qu'on a le droit d'applaudir entre les mouvements, ce qui fait un peu frémir certains interpètes mais le public pratique avec gourmandise et laisse jaillir son enthousiasme sans contrainte, histoire ainsi de dire "halte aux terrorismes des loges de spécialistes !".
L'esprit Vacances c'est une proximité naturelle, absolument pas factice ni affectée, avec les artistes. On les croise, on leur parle, on mange pas loin d'eux, ils ne se prennent pas au sérieux, ils vivent simplement leur musique au quotidien.

Le programme s'égrenne sur un week-end, trois jours d'une intensité et d'une richesse inouïes. Entre les concerts principaux, 2 par jour, les "comvoulvoul"... d'autres concerts en fait, mais dont le système de vente de billets repose sur la participation librement choisie et consentie. On glisse un ou vingt euros dans une boîte en forme de tirelire, et on entre, simplement. Enfin, d'habitude, en même temps que le Festival se déroule un Off qui permet aux étudiants de conservatoire de s'essayer au dur métier des armes : le direct, le public, le trac... vachement formateur pour eux, et l'occasion pour le public de découvrir de nouveaux "futurs talents". Cette année, à cause des restrictions dont je reparlerai, pas de Off, au grand dam de Jérôme Pernoo qui considère cette gratuité, ce foisement de pièces éparpillées dans la ville, comme fondamental : c'est l'esprit de SON festival. Je développerai ces problèmes de financement dans un autre billet, mais cette année, pour "consoler" le public de n'avoir point ces découvertes aux trois coins de la Roche, Jérôme Pernoo nous a offert des "surprises", toutes plus délicieuses les unes que les autres, mais qui ont soumis ses artistes à une plus forte pression encore, car c'était les interprètes principaux qui galopaient d'une salle à l'autre. On a eu, en particulier, un concert des 2 Jérôme, Pernoo au violoncelle, Ducros au piano, qui fut une véritable merveille. Le programme, qui voulait réserver la surprise annonçait ceci " De prime abord, B et P semblent faire un curieux mariage. Comment le premier, figure emblématique du romantisme allemand (vous reconnaitrez Brahms) et le deuxième, moderne et sud-américain (nous découvrirons qu'il s'agit de Piazzola) pourraient-ils faire bon ménage ? Cela peut paraître impossible, mais en y regardant de plus près on découvre en P un compositeur savant, on redécouvre en B un compositeur populaire". L'argument, énoncé par J.Pernoo en début de concert, pouvait paraître spécieux, voire un peu tiré par les cheveux, mais je vous assure que, joué par nos deux compères, cela paraissait évident et lumineux. Ils ont commencé par un mouvement de Brahms, d'un romantisme à décoiffer, enchainé sur une danse hongroise et terminé par le Grand Tango de Piazzola,  Exaltant, d'une sensualité étonnnante, une jouissance des sons absolue comme on en croise rarement dans les salles obscures. Un triomphe pour nos deux compères.

Un autre moment fort drôle, dans ces surprises, s'intitulait Castragnette ou Farinelli à La Roche Pasay. Marc Frisch, habitué du Festival, y jouait avec un humour distancié le rôle du célèbre castrat qui vécu, à la Cour d'Espagne dans l'intimité de Ferdinand VI, de son épouse disgraciée, Maria Barbara du Portugal et de Domenico Scarlatti. La reine, grand amateur de musique, employa durant plus de 20 ans le célèbre compositeur italien et Marc Frisch nous a présenté, joué, commenté, de nombreux extraits de sonates en les mettant en scène. Un grand moment !
L'esprit Vacances enfin, c'est la chance inhabituelle d'entendre des sextuors, septuors et autres octuors, toutes formations qu'on croise rarement dans les salles de concert car c'est difficile à monter et ruineux à réunir. Ici, on ajoute les talents des uns et des autres, on bosse (forcément beaucoup ! et sans doute dans la bonne humeur, il n'est qu'à voir les regards et clins d'oeils complices que les exécutants échangent pendant l'interprétation) et on a des formations somptueuses et rares. Pour notre plus grand plaisir. Car c'est aussi cela Les Vacances, le plaisir de jouer ensemble de tous ces artistes de renom, et, induit, notre plaisir d'auditeur, conquis, enthousiaste et heureux.
Pour finir, le clin d'oeil Vacances, ce sont les abominables contrepèteries qui émaillent les programmes de chaque concert : nos joyeux interprètes y mettent tout leur coeur et nous pondent, pour chaque récital, quelques perles atroces, dans le plus pur genre de la contrepèterie trouffionne ! Et je ne suis pas peu fière de vous annoncer que Michelaise et Alter, totalement nuls il y a peu encore, sont passés maîtres dans l'art de comprendre ces jeux de mots louffoques : lors du dernier concert, pas moins de 9 phrases inversées que nous avons toutes remises dans l'ordre, en pouffant comme des gosses. Mais je vous épargne la transcription de ces perles sulfureuses : c'est génial dans l'ambiance, comme les fruits dévorés sur l'arbre ! Cela n'a plus aucune saveur sorti de son contexte !
à suivre...


* L'amateur est le livre somme écrit par Pernoo et dont je vous livre l'argument selon Amazon " Violoncelliste, Arsène vit de ses concerts, mais ne peut s'empêcher de consacrer une partie de son temps à l'enseignement : tous les mois, à Châtellerault, dans une étonnante propriété en bord de Vienne, il réunit une dizaine d'élèves d'âges et de niveaux extrêmement variés, certains même pratiquant un autre instrument que le violoncelle. Davantage qu'à l'étude particulière propre à chaque instrument, c'est au sens même de la musique qu'Arsène tâche d'intéresser ceux qu'il appelle ses apprentis, usant d'expériences très diverses, parfois déroutantes, pour y parvenir. Prenant souvent appui sur les techniques théâtrales, puisant chez Stanislavski mais aussi chez Diderot, il dévoile l'importance du monde intérieur chez le musicien, et refuse de dissocier technique et musique, considérant l'art d'interpréter comme un tout. Dans ce cadre idyllique et propice à l'épanouissement personnel, l'apprentissage n'est pas circonscrit aux leçons proprement dites, mais se prolonge et se développe bien au-delà, à la faveur des nombreuses discussions qui animent les repas, les promenades, ou les rencontres impromptues dans le grand jardin. Si l'inlassable exigence d'Arsène trouve toujours un écho, y compris chez les plus jeunes, c'est qu'elle est servie par un perpétuel enthousiasme, parfois débridé, toujours communicatif. En se disant professeur amateur, il réhabilite le sens premier de ce mot à ce point dévoyé qu'on en a oublié la racine, amare : aimer. Très largement inspiré d'expériences personnelles de Jérôme Pernoo, cet ouvrage les rassemble et les organise de telle sorte qu'il puisse être aussi bien lu comme un roman que consulté comme un guide." En fait L'Amateur se lit en suivant les oeuvres traitées sur le site de Jérôme Pernoo "Web Label", un site étonnant dont je vous recommande chaudement la visite, avec ou sans le bouquin ! Prenez votre mal en patience, ça bouchonne pas mal ces jours-ci ! Normal, tous les festivaliers s'y sont donné rendez-vous...

vendredi 17 septembre 2010

LES VACANCES DE MONSIEUR HAYDN PREMIERE


C'est l'an dernier que nous avons découvert, avec délectation, ce petit festival sympa qui se déroule à la Roche Posay, sous la houlette de Jérôme Pernoo, et qui, comme tout bon petit festival qui se respecte par ces temps de disette culturelle et de restrictions drastiques de la manne subventionnelle, est menacé chaque année de disparition. Des bonnes âmes, dont les amis que nous y avons retrouvés, se battent pour que puissent encore s'exprimer la verve et le talent d'artistes qui y croient très fort et nous font vivre de merveilleux moments. Que tous ceux-là, cherchant à droite à gauche des subsides de plus en plus rares, des aides de plus en plus introuvables, des financements de plus en plus problématiques, soient remerciés de leur pugnacité qui permettent à ces délicieux "petits festivals" dont nos blogs se font l'écho avec gourmandise, de survivre contre la marée d'une logique économique dont je suis, malheureux prof de management que je suis, l'un des tristes propagandistes.
Je raconterai nos impressions dès mon retour mais je laisse dores et déjà, pour présenter le Festival, la parole à Jérôme Pernoo, dans l'édito de son site :

¡ Hola !
C’est décidé, cette année Monsieur Haydn passe ses vacances en Espagne. C’est l’occasion, sous le soleil rutilant de Madrid, de voir enfin son ami Boccherini. Ils auront forcément beaucoup de sujets de conversation : la musique de chambre, le service à la cour, la paëlla et… le quatuor à cordes dont ils peuvent tous les deux revendiquer la paternité !  
Quant aux quintettes à deux violoncelles, ils auraient certainement intéressé notre Joseph : imaginez ce fameux quatuor dont Haydn et Mozart tenaient les parties de second violon et d’alto, accueillant en son sein le Maître du violoncelle Luigi Boccherini… Une vraie auberge espagnole ! Curieux agencement que ces deux violons flanqués de trois instruments graves, dont Boccherini est le seul à s’être autant servi. Schubert, bien sûr, et Glazounov s’y sont frottés, mais aussi, et nous allons le découvrir lors de ce week-end, Stéphane Delplace.
Si, en son temps, Monsieur Haydn put connaître la musique de Scarlatti, Brunetti ou encore quelques cantiques d’Alphonse X de Castille, il va enfin découvrir certains trésors de Granados, Albeniz et De Falla. Mais vous non plus, heureux aficionados de la musique de chambre ne serez pas en manque de découvertes car nous vous proposons un bouquet de musique écrite tout récemment : Jose Luis Turina, Lazkano, Ibarrondo et Palomo, tous espagnols, rejoignent les compositeurs « habitués » du festival comme Ducros ou Connesson."

mercredi 23 septembre 2009

LOGISTIQUE

J'aime à raconter nos adresses, surtout quand elles sont bonnes, non pas tant pour mes lecteurs fidèles qui, éparpillés aux quatre coins de la France n'ont guère d'occasion d'aller à La Roche Posay ou à Saint Savin (encore que... qui sait peut-être Aloïs ??), mais par souci de "faire de la pub" aux établissements intéressants que j'ai eu l'occasion de découvrir. Quand un consommateur quelconque cherche des informations sur ces établissements, je souhaiterais qu'il "tombe" sur mes pages afin de lire l'avis d'un consommateur lambda, sans a priori et sans intérêt commercial dans l'affaire.

Un week-end à la Roche Posay, ce fut d'abord une chambre d'hôte, le Château de Valcreuse. Demeure début XXème, un peu décalée mais admirablement aménagée, le lieu est tenu par une hollandaise très sympathique, qui nous a accueillis avec beaucoup de professionnalisme, et a gentiment accepté de nous préparer un en-cas délicieux à notre retour de concert le vendredi soir vers minuit. Un bon feu de bois nous attendait dans la cheminée et le repas, simple mais délicieux, nous fut servi dans la fastueuse salle à manger.
La maison, vastes salons, salle de billard, bar avec vue sur la Creuse, était à notre disposition. Notre chambre donnait sur la vallée: vaste, confortable, avec un souci du détail partout.

Le parc enfin, agrémenté d'une piscine surplombant la Creuse, est plein de coins délicieux, pour lire, jouer aux boules ou simplement faire de la balançoire. Bref tout est parfait, sauf le prix, un peu élevé pour une chambre d'hôte. En fait, on est proche d'une station thermale et la propriétaire, belge comme je l'ai dit, travaille surtout avec une clientèle étrangère qui n'a pas les mêmes jauges financières que nous. L'idéal est donc ne pas y dîner car c'est surtout à ce niveau que le prix n'est pas justifié. Malgré le luxe de la présentation, nous avons des exigences en matière de gastronomie qui ne correspondent pas au prix fixé. Quant au prix de la chambre, il est justifié pour qui vient s'y reposer, profitant de tous les équipements de la piscine aux tables de bridge, mis à disposition des hôtes. Mais pour un simple hébergement de nuit, on peut se contenter de plus simple. Petite attention charmante, le pot de confiture de pommes offert par Caroline, la maîtresse de maison, au moment du départ.

A Saint Savin, une adresse "macaronnée" au Michelin mérite quant à elle largement le détour, avec un rapport qualité prix vraiment superbe. Il s'agit du restaurant Cadieu. Dieu sait que nous avons été enthousiasmés par Coutenceau il y a une quinzaine de jours, mais là, pour un prix environ de moitié, nous avons mangé aussi somptueusement, avec en prime des attentions, des détails d'accueil fort agréables. Témoin, cette petite banquette prévue près de la table et qui permet de déposer son sac à main, sans le fourrer d'un coup de pied rageur sous sa chaise pour éviter de gêner le service. Ou à la fin du repas, la serviette chaude à la japonaise pour s'essuyer les mains. Deux assiettes de dégustations, genre mise en bouche, ponctuent le repas : une en entrée et l'autre avant le dessert, joliment intitulé "souvenir d'enfance sucré du chef". Elles sont copieuses, goûteuses et admirablement présentées.
Quant au menu, il est délicieux, présenté avec brio et les saveurs s'offrent à nous avec beaucoup d'intelligence. Le chef use avec sobriété de la cuisine moléculaire, pour des mousses savoureuses qui ornent et agrémentent, mais il n'en fait pas une religion. Juste ce qu'il faut pour alléger le propos. Le sommelier nous fait découvrir et apprécier un vin blanc de Bourgogne, abordable, jeune mais intéressant, au goût proche d'un Chassagne mais à portée de notre bourse. Le plateau de fromage est sobre, mais équilibré, parfaitement affiné et servi avec générosité. Et, au moment où nous réglons l'addition, on nous offre deux délicieuses brioches mousseline, qui seront les bienvenues le soir même pour absorber les vapeurs du Layon à l'entracte ! Cadieu à Saint Savin est vraiment une adresse à découvrir, sans risque excessif pour la bourse et avec la certitude d'une symphonie de souvenirs pleins de saveur.

Un clin d'oeil amusé pour Chic (moi aussi je pense à toi !) : la vallée de la Creuse embrumée, dimanche matin, depuis notre fenêtre !

mardi 22 septembre 2009

ECOLE BUISSONNIERE

C'était aussi le week-end du Patrimoine... et La Roche-Posay se trouvant à une trentaine de kilomètres de Saint Savin, la superbe abbaye romane couverte de fresques célébressimes, nous avons "séché" quelques concerts pour aller visiter ce haut lieu de l'Art Roman.

La balade passait par Angles sur l'Anglin, petite bourgade aux ruelles en pente, surmontée des ruines d'un château épiscopal impressionnant. La ville est, nous dit-on, la capitale du "jour", vous savez ces broderies qui vous font des échelles sur les draps et les nappes. Nous n'aurons pas l'occasion de nous assurer de la véracité des assertions de mon guide bleu, vieux comme le monde, car tout est fermé et les seuls "jours" que nous avons admirés sont ceux des robes de mariées nombreuses en ce samedi à venir se faire photographier sur le site !

A Saint Savin, nous passerons finalement presque toute la journée, tant le lieu est beau. Une visite guidée nous permet d'admirer les fresques romanes dans les moindres détails, sur le thème de la gestuelle. Geste marqué, geste parlant, les épisodes de la Bible deviennent autant de signes pour le chrétien qui y trouve un enseignement, un soutien pour son chemin spirituel. C'est émouvant de lire ces images qui, plus de 8 siècles plus tard, et même si le temps les a bien détériorées, gardent toute leur force et leur lisibilité.

C'est émouvant aussi de suivre le pinceau des artistes, encore vif, à travers les circonvolutions d'un visage ou d'un décor. Le trait des fresques, par son immédiateté, par sa spontanéité, rend presque présent celui qui les traçât, il y plus de 800 ans.
Et puis, les artistes se suivent en ces lieux de foi et nous avons eu la chance de visiter une exposition consacrée à Danielle Grimaldi, une artiste actuelle dont les œuvres devraient réconcilier les plus allergiques d'entre vous avec l'art contemporain. Son propos s'organisait autour de deux thèmes : la Trinité et les anges.

Pour la Trinité, trois œuvres somptueuses, d'une force et d'une qualité étonnantes : la Trinité contemplée qui dans les tons de bleus traduisait les dons que chacun reçoit de la puissance créatrice : vertus organisées autour des axes du carré : la force dans l'axe vertical, l'espérance jaillissant sous forme de rameaux de la diagonale droite, et l'amour et la charité portées par la poussée de la diagonale gauche. Le rythme circulaire animé d'accolades manifeste la réalité de l'amour divin et le carré central, doré, recentre de lui-même la contemplation.

Sur une dominante rouge (le peintre a une formation musicale qui illumine ses œuvres d'évidences) c'était la Trinité manifestée. Cette dominante exprime la dynamique de la manifestation trinitaire dans notre monde terrestre. Contrepointé de bleus et de blancs, et complété par des orangés et des verts, le rouge forme l'accord principal de cette manifestation. Le mouvement autour du cercle central est répété comme une onde jusqu'à l'infini. C'est une onde d'amour qui jaillit et se propage.
Ces deux peintures mesurent environ 2 mètres par 2.

La troisième œuvre, encore plus grande, retable des temps modernes en musique et en mouvement, permettait sur 8 minutes de suivre les trois parties d'une ode à la Trinité. Dans ce ratable la structure est l'expression du Père, l'incarnation des formes est manifestation du Fils et la relation entre les éléments est action de l'Esprit.

Le premier panneau est traité en bas relief et fait vibrer la matière sous les ors qui se conjuguent avec le bleu, le rouge et le jaune. La césure verticale invite à aller au-delà de ce premier aspect et la musique, cymables et percussions, annonce sur un thème interrogateur un événement à venir.

Le premier panneau s'ouvre sur un coup de tonnerre : de la contemplation de l'extérieur on passe à celle de l'intéreur. Le cercle central reste à demi fermé, comme un bouclier qui protège encore les mystères de l'incréé. Puis les ors font place à un espace intérieur dans les tonalités de bruns, c'est une descente en soi, à l'écoute de la réalité invisible. La musique devient douce, ponctué de cloches et de gongs, et le silence intérieur se fait.

Puis par déplacements successifs, le fruit s'ouvre et la lumière peut à peu révèle le troisième retable. Les trompettes accompagnent cette ouverture jusqu'à la révélation, tout en douceur du mystère trinitaire, éclaboussant de lumière et d'espérance. Des fuseaux de rouges et de jaunes surchauffés jaillissent en éventail comme des proclamations glorieuses.

Cette œuvre vivante, vibrante, très spirituelle, produit sur le spectateur un effet de bien-être et d'émerveillement très propres à inviter à la contemplation. Danielle Grimaldi a mis 8 ans pour la réaliser, 4 ans de gestation et 4 ans de mise en oeuvre, durée dont témoignent les multiples notes qu'elle a établies. Comme dans une partition, couleurs, sons, vibrations, variations sur le chiffre trois.. tout est noté, étudié, calculé, justifié dans les multiples documents qu'elle a rédigés pour arriver à ses fins. Un parcours qui est loin de l'improvisation parfois désappointante de certaines oeuvres contemporaines qui prétendent laisser au hasard faire le mûrissement de la démarche artistique.

L'abbaye présentait par ailleurs une suite d'oeuvres consacrées aux anges : de superbes collages de tissus et de gazes très fines, rehaussés de traits de peinture et d'or égrenaient une suite d'anges aux noms aussi doux que leurs ailes : ange matutinal, ange de gloire, ange de lumière, ange de nuit, bref tout une galerie bruissante, abstraite mais pourtant très évocatrice.
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