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jeudi 28 février 2013

LE PROPHÈTE DE SOUILLAC : l'apothéose



Le dernier côté du "trumeau", contrairement aux deux autres, est d'une lecture claire et aisée. Il interprète, dans un espace rendu improbable par l'incertitude de positionnement de la pierre, le thème classique et riche du Sacrifice d'Abraham. Reprenant discrètement le thème de l'adulte qui enlace le jeune, nous voyons ici Abraham, agrippant solidement son fils par les cheveux de la main gauche, pendant que sa dextre levée brandit sans hésitation le couteau du sacrifice. Le jeune Isaac, le front courbé, les mains jointes et les paupières baissées, s'abandonne au geste paternel dans inquiétude, confiant dans la volonté divine. Le père lui, nous offre un visage sillonné de rides, quoique juvénile, aux yeux perçants et presque hagards.


Le bélier au fin museau, tiré vigoureusement par le col, semble pressentir que l'affaire va mal se terminer pour lui ! L'ange, tombé du ciel comme une pierre, retient juste à temps la main sacrilège et pousse vigoureusement, à la place de l'enfant, la bête du sacrifice. Cette incarnation criante de l'ordre divin a la bouche ouverte en un avertissement qu'on imagine sonore : "Halte Abraham, Dieu t'a éprouvé mais tu es un sage". Ses yeux rapprochés, son front bas sous l'abondante chevelure qui lui casque sa tête, en font un parfait exécuteur du message divin : rapide et efficace, mais sans état d'âme !


Mais voici qu'à gauche de cette chute vertigineuse, nous admirons enfin le chef d’œuvre de Souillac : le prophète Isaïe, parfait, inimitable. Certains se sont plus à rêver que l'auteur du Jérémy de Moissac, retournant vers le Languedoc, ait fait une escale à Moissac pour y laisser ce témoignage de sa virtuosité. On peut, sans aller jusque là, voir dans cette main talentueuse, celle d'un très grand artiste. Devenu maitre de tous les secrets de son art, il les transpose avec grâce et élégance dans la pierre, et nous ravit comme le furent forcément ses contemporains à la découverte de ce prophète "magique". 


Car il danse Isaïe, il saute, il palpite de vie dans son manteau aux plis légers. Le tissu légèrement mouillé épouse amoureusement le volume généreux des épaules, celui des bras expressifs, du torse musclé, pendant qu'il drape avec charme la longue jambe en fuseau, symbole du mouvement et de l'ampleur de la joie qui l'habite.
Un plissé en tourbillon vibre sur cette tunique qui découvre largement la bordure d'orfroi qui fait tomber avec art le drapé en mouvement. Le pas est suspendu, mais les pans de la robe volent encore au rythme de la danse.


La riche broderie se répète sur tous les bords de la robe, elle souligne l'encolure d'où émerge le délicat visage du prophète : petite tête aux oreilles haut placées, repoussant les mèches folles de la chevelure, barbe pleine d'ondulations, prunelles étincelantes de vivacité. Dans cette danse qu'enlace une arabesque, l'homme frémit en tenant le texte sacré, invisible et présent, accessoire et pourtant, nous le comprenons, primordial. La main légère qui le montre, le poignet qui se tend, chargé de bracelets vers le rouleau, tout nous incite à écouter.


Et la bouche du prophète, malencontreusement martelée à la Révolution, clame à nos oreilles la parole sacrée : Ecce Virgo concipiet, Isaïe annonce la grande nouvelle que reprendra Gabriel et nous entraine dans sa danse d'allégresse.« Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton jaillira de ses racines » (Isaïe 11.1) « Il sera un arbitre entre les nations et le percepteur de peuples nombreux (...) » (Isaïe 2.4)  « Sur lui reposera l'esprit du Seigneur : esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de crainte de Dieu » (Isaïe 11.2)  « Il jugera les faibles avec justice, il rendra des arrêts équitables en faveur des humbles du pays (...) du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. » (Isaïe 11.4)  « (...) Les nations se tourneront vers lui. » (Isaïe 11.10)  « Il sera un messager de paix » (Isaïe 52.7). « Le Seigneur vous donnera un signe Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils » (Isaïe 7.14) « Car un enfant nous est né / un fils nous a été donné » (Isaïe 9.5) C'est Noël tous les jours à l'abbatiale de Souillac !!

Souillac, avec ces quelques fragments échappés au désastre, nous laisse imaginer l'ampleur et la majesté de son portail. Par son sens de la beauté, sa préciosité, son goût parfait, le maitre de Souillac nous plonge dans un univers d'adoration heureuse, plus légère, moins grave qu'à Moissac, plus proche peut-être de nos sensibilités modernes. Le prophète Isaïe est le point d'orgue de la visite et justifie, à lui seul, le détour : si vous passez par l'Occitane (A20) un jour prochain ... prenez la sorite Souillac, cela vous fera une halte délicieuse !

dimanche 24 février 2013

LE PROPHÈTE DE SOUILLAC : les motifs



Ce sont les Guerres de Religion qui mirent à mal le superbe portail de Sainte Marie de Souillac quand le pays, dévasté par les anglais et les Grandes Compagnies, la peste noire et autres malheurs récurrents se trouva "tout détruit, inhabitable et en plus grande partie désert et sauvage". Récupéré tant bien que mal, il fut réinstallé selon un plan assez aléatoire et qui a provoqué la perplexité des générations futures, un peu "cul par-dessus tête", mais finalement superbement conservé même si l'on ne sait pas trop quelle en était l'organisation initiale et à quoi correspondent les différents fragments réutilisés à l'intérieur de l'église, au revers de la porte d'entrée.


Contre le mur a été enchâssé ce qu'on soupçonne, avec une certaine vraisemblance, être l'ancien tympan du portail. Flanqué de deux personnages en haut-relief, un peu raides et dans lesquels on reconnait aisément Saint Pierre à son trousseau de clés et Saint Benoît grâce à sa crosse, mais surtout grâce au livre de la Règle qu'il tient posé sur son genou, se développe ce qu'on nomme plaisamment le "relief de Théophile", à cause des scènes hautes en couleur qui s'y entassent. C'est une légende d'Orient, citée dans les sermons de l'époque et dont Ruteboeuf fit le sujet d'un de ses mystères, qui en fournit la trame. Théophile, trésorier de l'église d'Adana en Cilicie, destitué de ses fonctions par un nouvel évêque, se mit en relation avec Satan pour récupérer son poste et signa avec lui un pacte de vassalité. Rétabli aussitôt dans son office et comblé d'honneurs (et de biens, forcément, trésorier, c'est lucratif !!) le malheureux prit soudain conscience de la gravité de son marché et, tenaillé d'angoisse et de remords, il se mit à jeûner et à supplier Marie de lui venir en aide ! Il était bien temps !! Mais cette dernière, émue par le repentir du vaurien, arracha le pacte au démon et le rendit au diacre qui, nous dit-on, mourut peu après en odeur de sainteté !


Au registre inférieur le sculpteur a décrit, avec force expressivité, le pacte sinistre : à gauche Satan, plus hideux que nature, reçoit des mains du diacre le terrible engagement. Théophile tout préoccupé de récupérer son office, montre du doigt le document pour s'assurer que son souhait sera bien exaucé. Et soudain à droite, son regard s'affole, il se ploie dans une attitude de supplication inutile : le diable réclame son dû. Et comme Théophile résiste, il le tire, genoux ployés, air suppliant, pour que soit exécuté le dramatique marché. Avouez qu'une telle scène est bien propre à décourager quiconque de s'engager dans pareille folie : le démon est arrogant et cruel, la babine frémissante, le regard cruel, le geste sans pitié.


Au registre supérieur, dans une certaine exiguïté provoquée par l'étroitesse de la place restant disponible une fois contée cette stupide entreprise, Théophile endormi près de son église voit en songe Marie, descendue du clei et guidée par un ange qui lui rend le pacte maudit. Les personnages sont un peu entassés, les trois scènes étant juxtaposées sans esprit et très surchargées de détails. Le sculpteur, subjugué par le modèle de Moissac, a voulu trop en faire, tant dans l'effet esthétique que dans la narration. L'ensemble ne manque pas d'allure mais ce n'est pas le morceau le plus surprenant de ce portail démantelé.


Posé comme une colonne à droite de la porte d'entrée, un morceau de bravoure offre au visiteur une longue méditation. On ignore complétement comment était disposé cette pièce à l'origine, désignée maintenant sous le nom de "trumeau". Était-elle comme elle se trouve actuellement, en piédroit, verticale ou, comme le suggère le nom de trumeau, horizontale ? Peu importe tant la beauté de la pierre, et la souplesse du ciseau du sculpteur nous ont laissé une oeuvre superbe qu'il suffit de contempler de toutes parts.

Viollet le Duc, dans son Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIème au XVIIème siècle, voit dans les motifs d'oiseaux et d'animaux entrelacés en "x" qui recouvrent l'intégralité du panneau, une influence "des réminiscences de l'art nord-européen ou nord-hindou", qu'il avait relevé dans les "manuscrits dits saxons* qui existent à Londres et qui datent des Xe, XIe et XIIe siècles..." Il ajoute " Ces animaux du pilier de Souillac, qui se mordent et se battent, ne se rencontrent ni dans la sculpture gallo-romaine, ni dans la sculpture ou la peinture gréco-romaine de Syrie. Pour trouver des analogues à cet art, il faut recourir aux monuments scandinaves, nord-européens, islandais, ou à ces manuscrits dits saxons de Londres, ou encore à certaines sculptures hindoues; toutefois, il faut reconnaître que dans l'exemple que nous fournit l'église de Souillac, il y a une tendance marquée à imiter la nature. Quelques-uns de ces animaux ont une apparence de réalité et ne sont plus agencés régulièrement pour former ornement. Les artistes avaient donc vu très-probablement un certain nombre de ces produits nord-européens, mais ils ne faisaient que s'en inspirer, s'en rapportant, pour l'exécution, à l'observation de la nature. Il serait difficile de donner la signification de cette sculpture étrange."



Une dégringolade d'être entrelacés, vorace et cruels décore l'avant du panneau. La férocité des bêtes de proie répond à l'épouvante des victimes : gazelle, chien mutilé, colombe, oiseaux à 4 pattes, mufles léonins ou simiesques, bélier à longues cornes s'entassent dans un encadrement qui rappelle en effet les décors de pages manuscrites enluminées.

Les cous sont tordus, les pelages traités en ciselure, des lianes monstrueuses emprisonnent tout ce bestaire fabuleux, accentuant l'effet de terreur et l'expressivité des situations. Ne cherchons pas quelle est la symbolique de cet ensemble décoratif dont un spécialiste écrivit "il fait écrire bien des sottises", contentons-nous de l'admirer, en lui accordant une valeur purement ornementale inspirée de quelque belle page orientale ou irlandaise.

La face droite du "trumeau" est encore plus mystérieuse puisqu'y apparaissent trois couples entrelacés, composés à chaque fois d'un vieillard et d'un adolescent, au buste nu et souplement modelé, comme réfugié dans les bras de l'ancien. 


L'attitude des personnages ne donne nullement une impression de lutte, comme certains ont voulu le dire. On a au contraire le sentiment que le jeune courbe le front sous la main protectrice de l'aîné. Et d'autres ont proposé d'y lire un encouragement à chercher auprès des moines et de la religion, un refuge contre la tendance naturelle et répétée, surtout dans la jeunesse, à se livrer au péché. Dans cet étrange enlacement, la jeunesse pourrait espérer trouver, au contact des ses ainés, la force de lutter contre cette triste habitude et d'y résister.

La douceur de ces enlacements, la confiance que semble dans chaque couple, manifester l’adolescent, l'air soumis, presque triste des personnages, tout semble aller dans le sens de cette interprétation. Et si l'on peut aussi trouver le sujet bien subtil pour l'entendement de simples fidèles, on admettra volontiers que le message ait pu être clair pour des moines, sujets aux tentations et trouvant dans le soutien de leurs ainés, une douce protection.
Il y a dans ce trumeau une virtuosité qui mêle puissamment art et artisanat savant. L'humanité du motif de ces hommes embrassés, l'harmonie de leurs poses, l'expression de leurs visages donnent l'impression d'un message délivré pour le plus grand bénéfice de tous. Et peu importe finalement que nous n'ayons pas les clés pour lire avec exactitude la symbolique de ces scènes : leur universalité nous parle toujours. 



* "... ces manuscrits fort beaux pour la plupart, présentent un grand nombre de vignettes dont l'ornementation ressemble fort, comme style et composition, à ces fragments de sculpture dont nous parlons. Ces hommes du Nord, ces Saxons, hommes aux longs couteaux, paraissent appartenir à la dernière émigration partie des plateaux situés au nord de l'Inde. Qu'on les nomme Saxons, Normands, Indo-Germains, à tout prendre, ils sortent d'une même souche, de la grande souche âryenne. Les objets qu'ils ont laissés dans le nord de l'Europe, dans les Gaules, en Danemark, et qu'on retrouve en si grand nombre dans leurs sépultures, attestent tous la même forme, la même ornementation, et cette ornementation est, on n'en peut guère douter, d'origine nord-orientale. Or, les manuscrits dits saxons, exécutés avec une rare perfection, nous présentent encore cette ornementation étrange, entrelacement d'animaux qui se mordent, de filets, le tout peint des plus vives et des plus harmonieuses couleurs."

mercredi 20 février 2013

LE PROPHÈTE DE SOUILLAC : l'écrin


Je vous l'accorde, pas facile de savoir où se trouve Michelaise, un jour à Rome, le lendemain sur le port de Meschers, un petit tour par Paris, la voici maintenant en Quercy. Vous l'avez compris, ces billets sont surtout l'occasion de cultiver le souvenir et, parfois, de développer un peu plus longuement des émotions ou des découvertes. Et côté émotion, la superbe abbatiale de Souillac mérite qu'on en parle longuement.
Ce qui frappe quand on la découvre lors d'une première visite, c'est l'ampleur de son abside, digne des plus beaux développements architecturaux qu'on croise ici et là quand on visite notre belle France. C'est à Saint Géraud, comte d'Aurillac qui laissa à sa mort, au début du Xème siècle (environ 909), la moitié de ses biens aux moines dont il était l'abbé, qu'on doit la première installation de cet établissement, qui prit très vite une très grande ampleur. Les biens légués prospérèrent rapidement sous la bonne gestion des religieux et une colonie de moines vint s'installer au confluent de la Borrèze et de la Dordogne, pour y établir un monastère : on parle en ces lieux dès 930 d'une cella, consacrée à Notre-Dame de l'Assomption, dont le doyen portait le titre de "premier religieux d'Aurillac". 




Géraud de Saint Céré prend la charge de la communauté en 962 et y fait sans doute construire la première installation, de taille modeste. C’est cet ouvrage qui sera agrandi au XIème siècle et recevra un transept et une tour occidentale. La nouvelle discipline imposée aux moines donne confiance à la population, celle-ci bénéficiant par ailleurs de la prospérité économique qu'apportent les religieux. Et, pendant le même temps, les pèlerins se dirigeant vers Saint Jacques de Compostelle sont de plus en plus nombreux. La construction d'un bâtiment plus important s'impose. Ses maçonneries anciennes disparaîtront ensuite complètement sous les reprises du XIIème siècle mais la tour qui s'élève encore au flan de l'église remonte à cette origine carolingienne. Ce qui en fait sans doute un des vestiges monastiques les plus anciens de la région. Au cours des travaux de consolidation menés au milieu du siècle dernier sur la tour, on découvrit un cimetière, établi sous le seuil d'accès, ainsi que l'amorce de deux murs préromans, correspondant sans doute au premier sanctuaire carolingien établi en ces lieux. La tour était selon tout vraisemblance un clocher porche, tenant lieu de narthex, et fut ensuite surélevée vers le XIVème siècle. Dans la tour, selon la formule classique, se superposaient deux salles : celle du bas servant d'entrée et, en haut, une chapelle supérieure consacrée aux archanges (Saint-Michel). A sa suite, ainsi que les amorces découvertes au moment des travaux le laissent supposer, s'étendait une longue nef détruite lors de la construction de l'abbaye actuelle.

En effet, l’ouvrage devint vite exigu et fragile, avec ses charpentes apparentes qui se chargent des dépôts graisseux laissés par la fumée des cierges. Le risque d'incendie, voire "la mode" et l'inspiration véhiculée par les maitres d 'œuvre qui parcouraient les chantiers, donna aux moines le désir de reconstruire, et de doter leur nouvelle église de voûtes, plus belles et plus sûres. On ne conserva des bâtiments anciens que la tour, qui nous permet d'admirer ici un survivance vraiment antique de la première installation religieuse en ces lieux.

On voit sur le côté droit de la photo, la tour carolingienne qui flanque encore l'entrée.
Les plans proviennent de l'excellent article de Philippe Gavet, ici.

L'érection de l'église de Souillac semble avoir suivi de près celle de Cahors, et l'on retrouve, dans le plan, des indices de l'inspiration du maître d’œuvre. Bien que de dimensions plus réduites que la cathédrale cadurcienne, l'abbatiale présente la même nef avec une double travée, de hautes piles servant de socle aux arcades et surtout, une série de coupoles sur pendentifs qui montrent que le modèle avait impressionné l'architecte. Mais l'homme de l'art ne se livra pas ici à une copie servile, et, mieux, il allégea le modèle, tout en gardant une grande pureté et une parfaite sobriété à l'ensemble.

Envie de visiter l'église de Souillac en vision panoramique ?? Cliquez ici.


La lumière, largement épandue dans le vaisseau, semble gonfler les coupoles et les verticales qui scandent les murs de la nef donnent un sentiment d'ouverture vers le ciel. Après deux travées carrées, la croisée du transept attire le pèlerin vers le sanctuaire. La lumière s'y fait pénombre et, autour d'une sorte de déambulatoire surélevé, s'ouvrent les chapelles rayonnantes du chevet. Celles-là mêmes qui ont attiré le visiteur à pénétrer dans le sanctuaire puisqu'elles sont, à l'extérieur, parfaitement dégagées et d'une ampleur remarquable. Très bénédictine !!!


 
Une décoration digne d'attention se déploie autour du sanctuaire : bases des colonnes à double moulure, chapiteaux aux fenêtres et aux arcades déclinent palmes, feuilles d'eau, oiseaux affrontés et même quelques beaux sujets symboliques : comme un hibou attaqué par des colombes ou un guetteur émergeant des feuillages.  Les hommes s'y font dévorer par des monstres doux et débonnaires, les végétaux se tordent en volutes décoratives du plus bel effet.


Quelques scènes historiées viennent même compléter cet élégant ensemble, comme un Daniel flattant deux énormes lions, deux jeunes garçons aux prises avec des monstres qui ressemblent vaguement à des ours ou, surtout, une délicate Annonciation.


Admirez le pudique mouvement de recul et de crainte de la Vierge qui, pourtant, tend vers l'Ange une dextre confiante et largement ouverte. Elle incline modestement la tête pour entendre le message de Gabriel. Ce dernier, les ailes encore palpitantes et tout juste arrivé sur le chapiteau - son pied droit semble presque déraper dans l'atterrissage forcé qu'il vient d'effectuer - jubile littéralement à la bonne nouvelle qu'il apporte à la jeune femme. Il brandit sa croix, bénit abondamment et sourit largement, tout son manteau flottant avec grâce autour de lui !

Pourtant ce n'est pas cet ensemble décoratif de grande classe, ni cette architecture lumineuse et sereine qui font la réputation artistique de Souillac... ni même les sarcophages découverts dans les fouilles de 1948, dont l'un présente de superbes fragments d'un chancel carolingien. Souillac est célèbre pour un autre ensemble sculptural de première qualité, presque caché au revers de sa façade, visible pour qui, en entrant, se retourne vers l'entrée... et que je vous présenterai dans un prochain article.



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